« L’âge ingrat ne préoccupe pas que les dictateurs, mais aussi… Facebook »

Une audition aura lieu, jeudi 30 septembre, au Congrès des Etats-Unis intitulée « Protéger les enfants en ligne : Facebook, Instagram et les dangers pour la santé mentale ».

Mais qui en veut aux ados ? Soudain, le monde des adultes s’inquiète pour leur santé mentale. Mardi 28 septembre, Kim Jong-un, le chef suprême de la Corée du Nord, réunissait exceptionnellement son Parlement en vue d’interdire aux jeunes enfants d’adopter les vêtements, les coupes de cheveux et le langage décadent de leurs voisins du Sud. Il y a peu, c’était son homologue chinois, Xi Jinping, qui décidait d’interdire aux jeunes mineurs les jeux vidéo durant la semaine.

L’âge ingrat ne préoccupe pas que les dictateurs. A l’autre bout du monde, de vieux sénateurs se penchent avec inquiétude sur leur descendance. Le 30 septembre aura lieu une audition au Congrès des Etats-Unis intitulée « Protéger les enfants en ligne : Facebook, Instagram et les dangers pour la santé mentale ». En cause, la polémique qui enfle autour d’une version de la plate-forme Instagram, destinée spécifiquement aux moins de 13 ans, Instagram Kids.

Lire aussi Instagram peut avoir des effets néfastes sur les adolescents, selon une étude menée par Facebook

Lundi, Adam Mosseri, le patron d’Instagram, a annoncé qu’il en suspendait la sortie. Le 14 septembre, le Wall Street Journal publiait une enquête soulignant les risques de ce réseau sur le bien-être des jeunes et notamment des filles. S’appuyant sur une recherche menée en 2019 par Facebook, la maison mère d’Instagram, elle montre que près d’un tiers des adolescentes interrogées reconnaît que la fréquentation d’Instagram a un impact négatif sur l’image qu’elles ont de leurs corps. Un trouble qui peut déboucher sur des comportements dangereux comme la boulimie, l’anorexie, voire des pensées suicidaires.

Espoirs de croissance

Depuis des années, les psychologues alertent sur les effets pervers des réseaux sociaux qui exacerbent, à coups d’algorithmes bien placés, les malaises qui auparavant restaient cantonnés aux cours de récréation. Comme un amplificateur de l’anxiété et de la dépression qui saisissent parfois les enfants à cet âge crucial de leur développement quand ils se comparent aux autres.

Aux Etats-Unis, seuls 5 millions d’adolescents fréquentent quotidiennement Facebook, alors qu’ils sont 22 millions sur Instagram

C’est pour cela que Facebook défend la mise au point d’un réseau spécial, qui permettrait aux parents de contrôler l’activité de leur progéniture, plutôt que de les laisser mentir sur leur âge pour accéder à l’Instagram pour adultes. Adam Mosseri en est persuadé, ce mode de communication peut-être très profitable aux enfants en favorisant l’échange d’expérience et en luttant contre le sentiment de solitude.

La préoccupation de Facebook est aussi économique. Les adolescents représentent le segment le plus prometteur des réseaux sociaux. Or, ceux-ci ont depuis longtemps déserté Facebook. Aux Etats-Unis, seuls 5 millions d’adolescents fréquentent quotidiennement le site, alors qu’ils sont 22 millions sur Instagram. C’est donc sur ce réseau que portent les espoirs de croissance du groupe. La vedette de cette tranche d’âge, TikTok, affirme avoir franchi le cap du milliard d’utilisateurs actifs dans le monde. Facebook doit réagir. Mais chaque point de croissance se paie désormais d’un nouveau débat de société. Et celui sur l’éducation des enfants à l’heure du numérique est capital. Il se moque des frontières.