« L’ampleur de l’abstention doit être analysée comme un signe de maturité politique »

Un bureau de vote au second tour des élections régionales, dans le 10e arrondissement de Paris, le 27 juin 2021.

Tribune. Près des deux tiers des électeurs n’ont pas voté aux élections régionales. On pourrait parler de crise de la démocratie, si cette abstention ne faisait que traduire l’indifférence des électeurs. Mais on peut aussi y voir autre chose : la réaction d’électeurs politisés qui manifestent ainsi leur désaccord vis-à-vis du candidat ou des prises de position de la mouvance politique dont ils se sentent proches.

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On observe en effet, depuis plusieurs années, une progression de cette abstention active, identifiable par une caractéristique apparemment paradoxale : ce sont les abstentionnistes, plus nombreux dans un camp que dans l’autre, qui déterminent le résultat du scrutin. L’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012 en avait été l’illustration : l’abstention d’une partie de ses électeurs de 2007, en désaccord avec la droitisation de son discours, a permis la victoire de François Hollande.

L’exemple Lionel Jospin

Trois configurations conduisent à ce qu’on peut appeler une « abstention politique ». La plus fréquente est, pour un parti, d’apparaître divisé sur son programme ou sur le choix de ses candidats, puis d’afficher son unité dans l’opposition à ses adversaires. L’abstention résulte ici de la défection d’électeurs potentiels, déconcertés par les débats qu’ils ont pu observer.

Une deuxième configuration consiste à minimiser les enjeux du scrutin. Pour un parti au pouvoir, il suffit de laisser penser que, quels que soient les résultats, ils n’affecteront pas les orientations politiques au niveau national. Cela a pour effet d’inciter ceux de ses électeurs qui n’approuvent pas toutes ces orientations à manifester leur mécontentement à peu de frais, en s’abstenant. Les partis d’opposition peuvent obtenir le même résultat, en focalisant le débat sur des sujets qui n’ont rien à voir avec l’élection…

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Enfin, il existe, pour un candidat, une troisième manière de démobiliser ses propres électeurs : chercher à élargir son électorat, en reprenant à son compte quelques-uns des thèmes de ses adversaires ou en atténuant la radicalité de son discours. La plupart des candidats sont persuadés qu’ils peuvent gagner des voix en ajustant ainsi leur positionnement.

L’observation montre que ce n’est généralement pas le cas, pour au moins une raison : un candidat mobilise d’autant plus ses partisans qu’il correspond à leurs attentes ; en modifiant son discours, il prend le risque de ne pas être compris, c’est-à-dire de ne pas être suivi. L’exemple de Lionel Jospin affirmant, pendant la campagne présidentielle de 2002, que son programme n’était pas socialiste et que, lui aussi, était préoccupé par l’insécurité, reste un cas d’école. Alors qu’il était favori dans les sondages, il a été éliminé dès le premier tour au profit de Jean-Marie le Pen.

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