« L’Ange blond de Visconti… », sur Arte : Björn Andrésen, élégie sur une décrépitude avancée

Björn Andrésen dans « Mort à Venise » (1971), de Luchino Visconti.

ARTE – LUNDI 1er NOVEMBRE À 23 H 05 – DOCUMENTAIRE

Ceux qui n’ont en mémoire que la figure bouclée et marmoréenne de Björn Andrésen, le Tadzio du film Mort à Venise (1971), de Luchino Visconti (que diffuse Arte en première partie de soirée), vont avoir un choc en découvrant, dans le documentaire L’Ange blond de Visconti. Björn Andrésen, de l’éphèbe à l’acteur, ce qu’est devenu celui que le réalisateur qualifiait de « plus beau garçon du monde ».

Accompagné d’une musique sépulcrale et filmé de dos par Kristina Petri et Kristian Lindström, un homme parcourt lentement un long couloir dans la pénombre d’un bâtiment abandonné. Une ouverture lumineuse va laisser à peine deviner les traits d’un vieillard ascétique et barbu aux longs cheveux blancs.

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La séquence enchaîne directement sur les images de l’audition du jeune Suédois, il y a cinquante et un ans, alors que Visconti cherchait un acteur « aux yeux couleur d’aube grise », puis, sans transition, sur celles de l’appartement crasseux de Björn Andrésen, 64 ans au moment du tournage du documentaire en 2019.

Il s’est beaucoup raconté de choses sur la chute de l’ange après ce film qui propulsa sa gloire mondiale d’icône androgyne et le contraignit, après une marchandisation extrême de son image au Japon, à tenter de se réinventer. Mais sa carrière d’acteur se cantonnera pour l’essentiel au domaine de la télévision suédoise.

« Plus de mal que de bien »

Cependant, si l’on excepte un grand « trou » de dix ans au cours des années 1990, Björn Andrésen n’a jamais complètement disparu. En 1988, Etienne Faure lui avait consacré un court-métrage, A la recherche de Tadzio, qui reprenait, en le traduisant, le titre d’Alla ricerca di Tadzio (1970), un documentaire tourné par Visconti pendant les séances de casting de Mort à Venise.

En janvier 2005, Björn Andrésen s’était déplacé à Paris. Au cours de l’émission « Le Je/Nous de Claire », animée par Claire Chazal et produite par Michel Field sur la chaîne gay Pink TV, le quinquagénaire éludait beaucoup à propos d’une vie décidément moins lisse que la peau d’ivoire de Tadzio, mais disait clairement combien Mort à Venise lui avait fait « plus de mal que de bien ».

Dans L’Ange blond de Visconti, Björn Andrésen, aujourd’hui grand-père, expose de manière beaucoup plus explicite son existence : le suicide de sa mère alors qu’il n’avait que 10 ans ; un beau-père qu’il prenait pour son père biologique ; une grand-mère qui voulait à tout prix que son petit-fils soit célèbre ; la mort de son deuxième enfant à l’âge de 7 mois ; l’empêchement d’une carrière de pianiste (on le voit d’ailleurs écouter une bande sur laquelle, à l’âge de 18 ans, il interprète la virtuose Fantaisie-Impromptu op. 66 de Chopin).

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Le film de Kristina Petri et Kristian Lindström ne laisse pas indemne et pose un regard mortifère un peu trop insistant sur l’actuelle décrépitude de celui qui fut « un jeune garçon incarnant la beauté absolue », en le filmant de surcroît dans le cadre de l’Hôtel des Bains du Lido, à Venise – où fut tourné le film –, à l’abandon depuis dix ans.

Et le malaise est grand quand on entend, en conclusion, Andrésen tenir d’inquiétants propos crépusculaires tandis que sa silhouette décharnée est filmée face à la mer, rappelant les derniers instants d’Aschenbach dans Mort à Venise, expirant face à « la beauté d’un ange de la mort » qui, peut-être, lui faisait signe…

L’Ange blond de Visconti. Björn Andrésen, de l’éphèbe à l’acteur, documentaire de Kristina Petri et Kristian Lindström (Suède, 2019, 52 min.) Sur Arte.tv jusqu’au 27 juillet 2024. Ce documentaire est la version courte d’un film de cinéma de 93 minutes.