L’argot de bureau : l’« efficience » ou l’efficacité économe

Le lexique de la performance en entreprise est toujours foisonnant. Entre deux REX (retours d’expérience) et une bonne dizaine de KPI (key performance indicators, indicateurs clés de performance), parfois, le dirigeant s’emmêle même les pinceaux. « L’équipe marketing a été très efficiente au Q3 [third quarter, troisième trimestre] », s’écrie avec fierté Françoise, PDG d’une PME en vogue. Mais ce que Françoise ne sait pas, c’est que ses responsables marketeurs ont pioché dans la trésorerie pour atteindre leurs objectifs : ils ont même recruté des sous-traitants pour finir le boulot. Alors, l’équipe est efficace, oui, mais la méthode n’est en rien efficiente.

L’Académie française rappelle à l’ordre les fauteurs de trouble : est efficient « ce qui produit un effet par soi-même : il peut servir par exemple à qualifier une machine ou des moyens mis en œuvre ». En management, on qualifie souvent à tort une équipe d’efficiente, alors qu’elle est juste efficace. Les deux mots longtemps synonymes se sont séparés dans les années 1950, à la faveur d’un nouveau sens de l’efficiency d’Outre-Manche, générant deux nuances de performance.

L’efficacité, pour commencer par elle, c’est la performance à l’état brut : une entreprise efficace remplit les fonctions et les objectifs fixés au préalable, en se concentrant sur des tâches essentielles exécutées avec perfectionnisme. Cette force est mise en œuvre quel qu’en soit le prix : « la fin justifie les moyens ».

L’efficience peut nuire à l’efficacité

Parfois, l’efficacité est obtenue de manière disproportionnée : par exemple, massacrer une mouche avec une raquette électrique dernier cri, quand il aurait suffi d’ouvrir la fenêtre. C’est la fameuse « victoire à la Pyrrhus », que ce général grec remporta au prix de nombreuses pertes face aux Romains. Travailler plus d’heures augmente l’efficacité à court terme mais réduit la productivité à long terme : les équipes exténuées ne pourront pas gagner le prochain combat ni suivre les prochains business plans.

L’efficience est la solution à cette gestion un brin bancale : c’est l’art de faire au mieux, mais avec un minimum de moyens. C’est le rapport entre les objectifs atteints et les ressources (financières, matérielles, humaines) utilisées. Parfois, les outils manquent, et l’efficience permet de limiter la casse : vider une piscine avec une cuillère peut être efficient, si c’est la seule solution, « on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a ».

Une méthode de travail efficiente est une méthode optimisée, qui offre des gains de productivité : par exemple, un plan de gestion avec des bilans d’étape, une définition claire des processus et de la division des tâches… Soit l’équivalent adulte d’une jolie fiche bristol avec huit couleurs de stabilo pour refléter les nuances du savoir. Ici, les moyens sont au moins aussi importants que la fin.

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