L’arrivée de la communauté de Sant’Egidio à l’église Saint-Merry divise les catholiques

La façade de l'église Saint-Merry, à Paris.

Mission impossible

L’église Saint-Merry, voisine du Centre Pompidou, au cœur de Paris, aura une nouvelle équipe pastorale à partir du 1er septembre. L’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, a confié l’animation de la paroisse à la communauté de Sant’Egidio, une communauté de laïcs fondée en 1968 à Rome et qui a essaimé depuis. Cette décision a pour ambition d’apaiser la crise ouverte en février, lorsque l’archevêque avait retiré sa mission au Centre pastoral Halles-Beaubourg (CPHB), lié à la paroisse tout en en étant distinct. Mgr Aupetit reprochait au CPHB une attitude agressive et conflictuelle envers le curé de Saint-Merry, qui a jeté l’éponge en janvier.

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Dialogue ouvert

Fondé en 1975 dans le quartier alors en pleine mutation de Beaubourg et des Halles, le CPHB se voulait une tentative, pour l’Eglise catholique, de renouer avec des pans de la société qu’elle voyait s’éloigner chaque jour davantage. Dialogue avec les milieux de l’art contemporain, aide aux migrants, accueil des personnes LGBT, lutte contre le sida : le centre est devenu, au fil des années, le symbole d’un catholicisme d’ouverture, voire « de gauche ». Son mode de fonctionnement se voulait aussi innovant en établissant une coresponsabilité des laïcs et des clercs, y compris dans la préparation et la liturgie de la messe de 11 h 15 le dimanche, qui attirait des fidèles bien au-delà de la paroisse.

Parole d’Evangile

La communauté de Sant’Egidio, dont la vocation est « la prière, les pauvres, la paix », estime pouvoir s’inscrire dans celle de la paroisse. « Nous connaissons bien ce quartier ouvert aux pauvres, aux étrangers, à la croisée des périphéries géographiques et existentielles, explique Valérie Régnier, présidente de la communauté en France, en reprenant les mots du pape François. Nous avons commencé à y prier et à y faire des maraudes il y a quinze ans. » Engagée dans l’aide aux migrants, la communauté compte maintenir « les portes grandes ouvertes » de ce « lieu de ressourcement spirituel ouvert à tous ». Deux prêtres formés par Sant’Egidio à Rome s’installeront à Saint-Merry.

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Ancrage extra-muros

Le choix de Sant’Egidio paraît habile à certains, mais il ne convainc pas l’équipe du CPHB, rebaptisée Saint-Merry-hors-les-murs. « Cela ne résout en rien les questions révélées par la crise, en termes de pluralité, de diversité, de coresponsabilité dans l’église », explique Guy Aurenche, membre de l’équipe depuis vingt ans. Le groupe n’a « pas l’intention de se laisser marginaliser ». Privé de lieu, il s’est replié sur les outils numériques. Il compte contribuer au débat synodal qui s’ouvrira à l’automne au sein de l’Eglise catholique à l’initiative du pape. Il retrouvera prochainement un « lieu d’ancrage » avec une messe célébrée un dimanche par mois à Notre-Dame-de-l’Espérance, rue de la Roquette, dans le 11e arrondissement.