L’artiste et designer Guy de Rougemont est mort

L’artiste Guy de Rougemont, à Paris, en 2017.

De son patronyme à rallonge, Guy du Temple de Rougemont préférait le rouge. La couleur d’abord, qu’il maniait à merveille tant dans ses peintures, ses sculptures et ses pièces de mobilier, car il créait tout cela, et le symbole politique ensuite : ce fils de général, frère de princesse (sa sœur, Laure de Beauvau-Craon, fut présidente de la maison de vente aux enchères Sotheby’s en France), avait été la cheville ouvrière de l’Atelier populaire des Beaux-Arts, en 1968. Il est mort à l’âge de 86 ans, le 18 août à Montpellier, non loin de la ville de Marsillargues (Hérault) où il vivait.

Né le 23 avril 1935 à Paris, il avait étudié de 1954 à 1958 sous la direction de Marcel Gromaire à l’école des Arts décoratifs puis, après une interruption de trois ans passés sous les drapeaux, à la Casa Velázquez à Madrid.

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Dès sa sortie, il participe à plusieurs expositions collectives, comme la Biennale de Paris en 1966, mais avait commencé à montrer ses travaux bien avant, à la galerie Charpentier dans la capitale en 1955 et à la galerie D’Arcy de New York en 1962. C’est dans cette dernière ville où il arrive en 1965 (« Parti là-bas pour quinze jours, j’y suis resté un an et demi ! », a-t-il confié à La Gazette de Drouot) qu’il rencontre l’artiste Marisol, une amie d’Andy Warhol. Il fréquente l’atelier de ce dernier, lequel l’initie à la sérigraphie. Il est aussi proche de Frank Stella, dont il reconnaissait l’influence sur certains de ses travaux de l’époque.

De retour en France, il participe au Salon de Mai (un repaire de gauchiste, aurait-on dit à l’époque) de 1966 et organise en 1967 une exposition dans un magasin automobile des Champs-Elysées : les tableaux et les volumes peints côtoyaient les carrosseries et déjà peut-on relever une autre proximité artistique, celle de Jean Dewasne, l’un des premiers à avoir, avec ses anti-sculptures, imaginé de mettre la peinture en volume plutôt que sur un plan.

Une œuvre protéiforme

En 1968, il participe activement au mouvement de Mai. Dans l’école des Beaux-Arts de Paris occupée par les artistes de l’Atelier populaire, qui réalisent des affiches – toutes anonymes – pour soutenir les luttes estudiantines et ouvrières, ses camarades impriment, laborieusement, en lithographie.

C’est lui qui leur suggère d’utiliser la sérigraphie, bien plus rapide et efficace, ainsi qu’il l’a raconté au Monde : « Un soir, je tombe en pleine assemblée générale. Ils présentaient une lithographie. Du fond de la salle, j’interviens pour conseiller la sérigraphie. Ils se retournent vers moi, et me disent : “Très bien. Tu montes un atelier de sérigraphie.” Ils théorisaient, ils se battaient entre eux. C’était génial ! »

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