L’artiste plasticien Christian Boltanski est mort

Christian Boltanski dans son exposition au Centre Georges Pompidou à Paris, le 9 novembre 2019.

Christian Boltanski naît le 6 septembre 1944, à Paris, moins d’un mois après la Libération de la capitale. Son père, médecin d’ascendance juive, a passé la période de l’Occupation nazie dissimulé dans une cache aménagée dans l’appartement familial. Sa mère, née Marie-Elise Ilari-Guérin, est écrivaine, sous le pseudonyme d’Annie Lauran. Il a deux frères aînés, Jean-Elie, né en 1935, devenu linguiste, et Luc, né en 1940, devenu sociologue. Christian Boltanski est mort le 14 juillet, à l’âge de 76 ans, à Paris.

Son enfance et son adolescence se passent dans cet espace familial, dont il sort rarement et jamais seul, n’allant que très peu à l’école. C’est là aussi qu’il s’aventure dans une première activité artistique, la peinture, à l’huile ou à la gouache, sur des formats souvent très vastes et dans une manière expressionniste, tout en demeurant figurative, en dépit de la mode de l’abstraction gestuelle qui sévit alors à Paris. Après l’abandon de la peinture, peu avant 1968, Boltanski se désintéresse, comme il l’a plusieurs fois raconté, de ses œuvres accumulées dans une chambre. Aussi n’en reste-il que peu, la plupart ayant été détruites.

Omniprésence de l’autobiographie

Sans doute cet abandon est-il alors la condition nécessaire de l’apparition d’une autre manière de s’exprimer : des installations, des poupées grandeur nature, un premier film, montrés ensemble dans sa première exposition personnelle, en mai 1968, au cinéma Le Ranelagh (dans le 16e), sous le titre « La Vie impossible de C. B. ». Ainsi est formulée, sans que peut-être l’artiste en ait eu clairement conscience, l’un des principes essentiels de son œuvre : l’omniprésence de l’autobiographie, mais d’une autobiographie qui procède par la fable, la fiction, les sous-entendus, l’ironie.

Lui qui a peu d’images et de souvenirs de son enfance feint de s’approprier ceux d’un autre

La vie privée de l’artiste n’est pas en cause. Ce qui l’est, ce sont les faits, émotions, angoisses et souvenirs que cette vie, en elle-même banale, a en commun avec beaucoup d’autres – ce par quoi elle touche au collectif et à son époque. Les films, dont son frère Jean-Elie est alors souvent l’acteur et Alain Fleischer, le réalisateur, se nomment L’Homme qui tousse (1969), ou L’Homme qui lèche (1969). La toux de l’un est effrayante et macabre. L’attitude de l’autre trahit un appétit violent, quoique l’on ne sache s’il lèche le corps d’une femme ou celui d’une poupée.

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