L’asile pour les Afghans persécutés, un droit et un devoir

Un avion de la Bundeswehr évacue des ressortissants allemands ainsi que des Afghans ayant travaillé avec l’Allemagne, à Kaboul, le 17 août.

Editorial du « Monde ». L’Union européenne (UE) a appelé ses Etats membres, mercredi 18 août, par la voix de la commissaire aux affaires intérieures, à accueillir si nécessaire davantage de réfugiés afghans qu’ils ne l’envisagent, et à suspendre les expulsions vers l’Afghanistan des migrants déjà présents en Europe.

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) demande de son côté « l’application pleine et entière du principe de non-refoulement », c’est-à-dire l’interdiction de renvoyer des Afghans vers des situations de danger, rappelant que les Etats ont « la responsabilité juridique et morale de permettre l’accès à leur territoire pour les personnes ayant fui l’Afghanistan en quête de sécurité, et de ne pas expulser les réfugiés », cela jusqu’au moment où « la situation de sécurité, l’Etat de droit et le respect des droits humains s’y seront suffisamment améliorés pour permettre des retours sûrs et dignes ».

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Au-delà de ceux ayant directement travaillé pour des armées et des institutions étrangères depuis vingt ans, le retour au pouvoir des talibans risque d’inciter de nombreux Afghans à fuir leur pays. Pour le moment, ce n’est pas le cas : quelques milliers de personnes, principalement à Kaboul, se sont ruées vers l’aéroport ou vers des ambassades étrangères en quête d’un asile, espérant une évacuation vers l’étranger, mais la population du pays n’a pas pris massivement la route vers les frontières et les pays voisins.

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L’UE, comme souvent, ne parvient pas à adopter une position cohérente sur la question migratoire. Le Danemark, la Belgique et les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont une attitude très hostile à toute politique migratoire. Et la Slovénie, qui préside actuellement l’UE, ne veut aucun débat sur l’asile ou sur l’immigration.

Fantasme

En France, Emmanuel Macron a eu des mots forts en faveur de l’accueil non seulement des Afghans ayant travaillé pour l’armée ou l’ambassade mais aussi des défenseurs des droits, artistes, journalistes « menacés en raison de leur engagement ». Le président a indiqué que « c’est l’honneur de la France d’être aux côtés de ceux qui partagent nos valeurs ». Mais, dans le même discours, dès le lendemain de la chute de Kaboul, M. Macron a eu des paroles très dures sur la nécessité pour la France et l’Europe de se prémunir contre « des flux migratoires irréguliers importants ».

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La raison de cette attitude, qui pour le moment correspond davantage à un fantasme qu’à une réalité, est sans doute principalement électorale, la France se préparant à entrer en campagne pour la présidentielle de 2022. Des associations de défense des droits humains, emmenées par La Cimade et la Ligue des droits de l’homme, ont dénoncé des propos « indignes de la tradition française de l’accueil et de l’asile ».

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Et M. Macron, la France et l’Europe doivent garder à l’esprit certaines réalités. D’abord, tout le monde, sur cette planète, préfère vivre chez soi, et 1 % de l’humanité seulement est actuellement en mouvement ou réfugiée à l’étranger. Ensuite, des Afghans qui seraient menacés par les talibans ont le droit le plus absolu de chercher asile à l’étranger. Cette liberté est garantie par le droit international, la convention de Genève, et les textes de l’Union européenne sur la protection des populations. Accueillir des Afghans qui seraient persécutés n’est pas seulement une question d’humanité, c’est un devoir.

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Le Monde