L’audace paie chez Burberry

FASHION WEEK – En s’appropriant et détournant les codes de la maison britannique, Riccardo Tisci y signe sa collection la plus personnelle.

Après deux défilés filmés entre les murs de la boutique de Burberry, sur Regent Street, voilà que la maison britannique prend ses quartiers en extérieur. Et surtout, rejoint le calendrier de la Fashion Week de Paris, fait exceptionnel pour une griffe jusqu’ici fidèle à Londres.

Le ballet des silhouettes à la démarche déterminée commence les pieds dans le sable, puis se faufile entre les colonnes de béton d’un monumental moulin à farine désaffecté, croise quelques pick-ups noirs garés en épi. Les modèles ont des (faux) piercings sur le visage, les cheveux teints, et marchent au son d’une trance psychédélique… Ce pourrait être une rave, ce pourrait aussi bien être une forme de Burning Man, ce grand rassemblement entre festival et fête païenne qui a lieu chaque année dans le désert du Nevada. En un peu plus chic, bien entendu, puisque nous sommes chez Burberry.

Une salopette multipoches emprunte les couleurs du trench Burberry Burberry

« J’ai pensé à ce que les gens voudraient désormais porter après tout ce temps passé à l’intérieur, explique le créateur italien. Il ne s’agit plus de s’habiller pour rester à l’intérieur, mais d’être audacieux, expérimental et de s’amuser.» L’audace, quand on est à la tête d’une si prestigieuse (et parfois, conservatrice) maison, c’est par exemple de découper les manches d’un trench-coat devenu mythique. Ou de décliner les couleurs du fameux « nova check » (le tartan emblématique), en les appliquant sur des pantalons, des mailles à rayures horizontales. À coups de ciseaux, Tisci dessine la version estivale d’une marque réputée pour savoir mieux que personne protéger des éléments.

Il brusque une clientèle traditionnelle en jouant avec des codes fétichistes, à grand renfort de manteaux transparents, harnais, et hauts taillés comme des plastrons à découpes géométriques, laissant apparaître la peau nue. Certaines silhouettes s’inspirent du workwear (par des pantalons et salopettes à poches, par exemple) et, évidemment, du streetwear (les tee-shirts amples laissant apparaître un débardeur en transparence, les hoodies à empiècements de cuir). « Je voulais repenser nos pièces emblématiques, les rendre plus audacieuses, plus sensuelles », justifie Tisci.

Un trench-coat transparent, chez Burberry Burberry

Après tout, c’est sa manière unique de repenser les codes d’une marque mythique qui a fait le succès du designer chez Givenchy. Et qui, sans doute, a donné envie à Burberry de l’embaucher. Après plusieurs saisons à apprivoiser ses codes, Riccardo Tisci semble désormais suffisamment à l’aise pour se les approprier complètement, et y appliquer son langage. Le résultat est, sans nul doute, l’une de ses plus personnelles à la tête de la maison britannique.