Laurent Bayle, une épopée musicale de vingt ans à la Philharmonie de Paris

Laurent Bayle, le 18 septembre 2018, à la Philharmonie de Paris.

Laurent Bayle, qui quittera la Philharmonie de Paris dimanche 31 octobre, aura maintenu le cap jusqu’au bout. Jusqu’à cette ultime réconciliation avec Jean Nouvel, qui signe la fin d’une passe d’armes judiciaire de sept années entre l’architecte du bâtiment et son maître d’ouvrage. Un lieto fine à quinze millions d’euros afin de régler entre 2022 et 2023 les derniers gestes architecturaux de ce qui restera comme l’aventure culturelle la plus excitante de ces vingt dernières années.

« J’apprécie que le gouvernement ait accepté avant mon départ que l’on procède à un toilettage de la Philharmonie, se réjouit Laurent Bayle. Cela va permettre de retravailler, en continuité avec le parc de La Villette, le passage de la “grotte”, cette entrée basse de l’édifice, ainsi que l’éclairement du bâtiment. »

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Entre l’homme qui en aura été l’artisan principal (concepteur du programme élaboré pour le concours d’architecture) et la salle de concerts parisienne, la même volonté de s’inscrire dans son temps, d’offrir à la musique un véritable outil de démocratisation en direction des publics du XXIe, et même jusqu’à cet alliage d’autorité et d’élégance que porte naturellement le jeune septuagénaire qui aura changé le visage musical de la capitale et donné à la France le statut enviable de plaque tournante internationale.

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Laurent Bayle n’a pas encore commencé son déménagement avant l’arrivée d’Olivier Mantei, ancien directeur de l’Opéra-Comique, lundi 1er novembre. Malgré la benne jaune stationnée dans le couloir du septième étage, livres, disques, partitions, objets, tableaux, tout est encore en place dans le bureau du président de la Philharmonie de Paris en ce lundi 25 octobre. On comprend que la dernière semaine sera sans doute difficile.

« Je suis resté mobilisé jusqu’au dernier moment pour ne pas avoir à penser à ce départ, reconnaît pudiquement l’intéressé. Je n’ai jamais été angoissé par l’inconnu, mais c’est un marqueur du temps qui passe, et c’est peut-être cela qui est le plus délicat. »

Traversée du désert

Le Lyonnais a toujours aimé les défis. Créateur, en 1982, à Strasbourg, du festival de musique contemporaine Musica, qui fêtera ses quarante ans en 2022, il y rencontre Pierre Boulez, tête d’affiche de la première édition, dont il devient rapidement le bras droit à l’Ircam, avant de prendre sa succession en 1992. Un fils spirituel qui n’aura de cesse de dédier post mortem à son mentor, disparu en 2016, cette grande salle de la Philharmonie, dont le chef d’orchestre et compositeur français fustigeait l’absence, traitant d’« unijambiste » une Cité de la musique amputée de ses premières ambitions.

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