Le changement climatique, un risque majeur pour les banques

Le siège de la Banque centrale européenne (BCE), à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), le 4 juillet 2021.

Ce ne sont plus seulement des militants du climat qui sonnent l’alarme. Les autorités financières exhortent désormais les banques à revoir leurs politiques de prêt, en prenant davantage en compte le réchauffement climatique. La Banque centrale européenne (BCE), le superviseur des plus grands établissements financiers de la zone euro, a ainsi publié, le 22 septembre, les résultats sans appel de son tout premier stress test climatique appliqué à l’économie européenne dans son ensemble, et aux banques en particulier.

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Ses conclusions ? Les établissements bancaires de la zone euro « pourraient être gravement touchés par un scénario dans lequel le changement climatique n’est pas pris en compte ». Les pertes attendues sur les portefeuilles de prêts aux entreprises augmenteraient considérablement au fil du temps, en raison de l’accroissement des catastrophes naturelles, et « pourraient devenir critiques au cours des trente prochaines années ». L’institution de Francfort conclut que « le changement climatique représente donc une source majeure de risque systémique », c’est-à-dire un potentiel effondrement du système financier, par effet de contagion, si un acteur bancaire de poids venait à faire défaut.

Dès 2015, le gouverneur de la Banque d’Angleterre avait prévenu que l’évolution vers une économie bas carbone pourrait transformer les actifs financiers « intensifs en carbone » en « actifs échoués »

Le réchauffement climatique fait encourir deux types de péril à l’économie et aux banques : le premier est physique, lié à l’augmentation de la fréquence et de l’ampleur des catastrophes naturelles ; le second, qualifié de « risque de transition », découlerait de politiques coercitives pour réduire les émissions de CO2. Si les gouvernements durcissent véritablement la réglementation, les industries fortement émettrices s’en trouveront grandement fragilisées, ce qui augmentera le danger de non-remboursement des prêts accordés par les banques.

Un régulateur plus visionnaire que ses pairs avait mis en garde, dès 2015, le monde de la finance. Dans un discours devenu célèbre, Mark Carney, alors gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait qualifié le changement climatique de « tragédie de l’horizon », et prévenu que l’évolution vers une économie bas carbone pourrait transformer les actifs financiers « intensifs en carbone » en « actifs échoués ».

Les banques françaises affirment avoir progressé

Une étude, publiée en juin 2021 par l’Institut Rousseau et les ONG Reclaim Finance et Les Amis de la Terre, a cherché à mesurer l’impact potentiel, en quantifiant les « actifs fossiles » présents au bilan des onze principales banques de la zone euro, c’est-à-dire les produits financiers contribuant au financement des activités d’exploration, d’exploitation ou de distribution du pétrole, du gaz et du charbon. Les auteurs du rapport arrivent à la conclusion alarmante que ces institutions « cumulent un stock de plus de 530 milliards d’euros d’actifs liés aux énergies fossiles », soit l’équivalent de « 95 % du total de leurs fonds propres » – le volume de capitaux détenu par les banques.

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