Le chorégraphe et plasticien flamand Jan Fabre sera jugé pour harcèlement sexuel

Le chorégraphe Jan Fabre, en mars 2016.

Pour certains, c’est, toutes proportions gardées, une affaire Harvey Weinstein version belge : au bout de trois années d’enquête, la justice d’Anvers a décidé de renvoyer le célèbre chorégraphe et homme de théâtre Jan Fabre devant la justice. Le parquet s’est appuyé sur douze témoignages pour formuler des accusations de violences, harcèlements et agressions sexuelles contre le directeur de la compagnie Troubleyn.

Les premières accusations datent de 1998 et ont été formulées par une danseuse islandaise

Une longue enquête, compliquée par la pandémie et le fait que de nombreux témoins vivent désormais à l’étranger, a été menée par l’auditorat du travail. Le procureur a finalement décidé, le 28 juin, de traduire l’artiste devant le tribunal correctionnel d’Anvers, où une première audience est prévue, le 21 septembre.

Les premières accusations à l’encontre de Fabre datent de 1998 et ont été formulées par une danseuse islandaise. En 2018, le créateur affirmait, dans une interview à la chaîne publique néerlandophone VRT, à propos du phénomène #metoo, qu’aucun problème ne s’était jamais posé dans sa compagnie. A l’automne de la même année, vingt ex-membres et stagiaires de la troupe, dix-huit femmes et deux hommes, publiaient pourtant une lettre sur Facebook contenant des accusations de harcèlement, humiliation et comportement inapproprié à caractère sexuel. Les signataires évoquaient également des séances de photos à caractère érotique que l’artiste organisait dans son studio en convoquant des membres de sa troupe.

« Une campagne orchestrée »

Cette lettre appelant à la solidarité allait engendrer d’autres révélations, notamment sur un célèbre producteur de télévision, et libérer la parole d’artistes flamands. Un mouvement baptisé Engagement Arts naissait pour dénoncer le sexisme en vigueur, selon ses initiateurs, dans le secteur culturel. De son côté, Jan Fabre niait fermement toute volonté « d’intimider ou de blesser, au plan psychologique ou sexuel ». Son avocat dénonçait « une campagne orchestrée ». L’instauration, au sein de la compagnie Troubleyn, d’un code éthique, après l’intervention d’un consultant indépendant, devait toutefois permettre à la compagnie de conserver sa subvention publique de près de 1 million d’euros.

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La justice ne s’est pas contentée de cette mesure et met donc en cause l’un des artistes belges les plus connus, célèbre auprès des initiés pour ces spectacles avant-gardistes et novateurs comme auprès du grand public. Jan Fabre a notamment acquis une autre forme de notoriété en décorant de scarabées multicolores un plafond de l’austère palais royal de Bruxelles ou en tentant naguère de battre, en costume-cravate et cigarette à la bouche, le record du monde de l’heure à vélo. De quoi traduire son goût pour l’humour et la dérision.

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