« Le Corps du dictateur », sur Toute l’Histoire : l’héritage empoisonné des tyrans après leur mort

Avant d’être incinéré, le corps du dictateur chilien Augusto Pinochet a été exposé à l’Académie militaire de Santiago, en décembre 2006.

TOUTE L’HISTOIRE – VENDREDI 5 NOVEMBRE À 22 H 30 – DOCUMENTAIRE

Même abattu ou pendu devant une caméra, un dictateur ne meurt jamais totalement. Lorsque l’on a été au pouvoir durant de longues années, les souvenirs – des exactions notamment – demeurent. Si la tombe est localisée, le danger de voir les disciples venir s’y recueillir existe. La mort du tyran n’apporte pas réparation aux victimes, ne pacifie pas forcément la société civile. Alors, que faire du corps ? Comment éviter que les démocraties qui succèdent à la dictature se débarrassent de cet héritage empoisonné ?

Ce documentaire se penche sur la question. Longuement interrogés, les historiens Didier Musiedlak, Johann Chapoutot, Sabine Dullin et la juriste Sévane Garibian proposent des éclairages bienvenus selon les cas présentés. Car post mortem, tous les dictateurs ne se valent pas. Il y a ceux qui ont été vénérés plus ou moins longtemps après leur disparition (Lénine, Staline, Mao, Kim Jong-il). Ceux dont les restes ont été délibérément cachés ou dispersés (Hitler, Ceausescu, Kadhafi). Ceux dont la ­postérité a été contrariée (Mobutu, Pinochet, Videla). Et, enfin, ceux dont les cas ont été « mal ­gérés » (Mussolini, Pétain, Franco, Saddam Hussein).

L’exil comme solution

Fusillé à l’abri des regards, mais lynché puis pendu par les pieds face aux caméras sur une place milanaise, Benito Mussolini est un cas intéressant. Le dictateur fasciste, qui régna sur l’Italie près d’un quart de siècle, est encore très présent des décennies plus tard dans la mémoire collective. « Pour beaucoup d’Italiens, le fascisme évoque la belle époque : celle de la puissance militaire, de l’empire colonial, de la ponctualité des trains », rappelle l’un des historiens. Conscientes des risques, les autorités cachèrent l’endroit où le Duce avait été enterré jusqu’en 1957. Une fois sa dépouille rapatriée dans la crypte de la chapelle familiale située dans le village de Predappio, en Emilie-Romagne, le lieu est devenu très visité.

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Pour éviter de tels points de fixation, l’exil est une solution. Mort au Maroc en 1997, Mobutu, le sanguinaire dictateur du Zaïre, est enterré loin de chez lui et il est hors de question que sa dépouille revienne au pays. Postérité également contrariée pour les militaires dictateurs sud-américains : le Chilien Augusto Pinochet a été incinéré, sa veuve craignant que sa tombe soit vandalisée. L’Argentin Jorge Rafael Videla, lui, n’a pu être enterré dans son ­village natal, les habitants s’y étant fermement opposés.

Cas délicat à gérer, celui de Francisco Franco. L’immense mausolée que le Caudillo avait fait construire à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Madrid pour y reposer est rapidement devenu un lieu de pèlerinage, avec messes solennelles et rassemblements de nostalgiques. Ce n’est qu’en octobre 2019 que, sur décision du gouvernement, on a retiré les restes du dictateur afin de les transporter au cimetière familial privé, situé près de Madrid.

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Le Corps du dictateur, documentaire de José Bourgarel (Fr., 2018, 52 min). Disponible en replay sur Toute l’Histoire.