Le déboutonnage, une leçon d’ouvertures

Top plissé, en jersey stretch imprimé, Paco Rabanne, 390 €. Chemise en sergé stretch, Uniqlo, 34,90 €.

Révolté et dépoitraillé à la manière de Cartouche, étourdi et acrobate tel l’homme de Rio, plein feu, tout mâle, comme dans Le Magnifique ou amateur de Berreta, ambiance mansplaining dans un pantalon en Tergal, comme dans Peur sur la Ville : avec une marge d’erreur assez fine, le déboutonnage de chemise et ses multiples possibles indiquent le type d’aventurier que son porteur rêve d’être.

Ne raconte-t-on pas que Frank Sinatra portait ses cravates col ouvert pour pousser les plus maniaques des premiers rangs à se ruer sur scène pour remettre de l’ordre dans sa mise ? Le déboutonnage est un appel, quelque part entre la bouteille à la mer et les signaux de fumée au sommet d’une colline.

Ce qui est valable pour la chemise l’est aussi pour la veste, que l’étiquette implore mains jointes et à genoux de voir à demi, deux tiers ou au trois quarts fermée.

Parmi les figures féminines à avoir ainsi dévoilé leur cœur, on peut citer la reine Patti Smith qui, après avoir jeté bien malgré elle les bases vestimentaires d’une bohème chic tout en déboutonnage et manches libres, jeta son dévolu sur l’école minimaliste, plus ramassée et collet monté, tous boutons fermés, dans les pas d’un Yohji Yamamoto.

Mais ce qui est valable pour la chemise l’est aussi pour la veste, que l’étiquette implore mains jointes et à genoux de voir à demi, deux tiers ou au trois quarts fermée et que la mode, dans ses quelques bastions les plus rebelles du moins, s’amuse à laisser bayer aux corneilles, les deux pans au vent.

Dans le même ordre d’idée, le boutonnage de gilet et son dernier bouton souvent laissé libre, est entré dans l’histoire des gestes de mode après que la chronique mondaine a poussé de toutes ses forces à imiter l’opulent roi Edouard VII. Ce dernier cherchait pourtant seulement à offrir plus d’espace à son ventre resté trop longtemps à table et qui le faisait souffrir de ballonnements.

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De nos jours, l’asymétrie tout en contre-pied, proposée par une partie de la mode la plus pointue, requiert notamment des boutonnés-déboutonnés. Bientôt, peut-être, boutonner dimanche avec lundi sera considéré comme le comble du chic. Nous n’y sommes pas encore tout à fait, mais ce nouveau geste hétérodoxe dispose déjà de son rond de serviette à la grande table des élégances.

Chemise col page dentelle, en popeline de coton, et pantalon plissé en gabardine, Celine Homme par Hedi Slimane, prix sur demande et 790 €.
Chemise Madison, en twill de soie imprimé à boutonnage caché, Soeur, 245 €. Salopette W’Bib, en coton organique, Carhartt WIP, 119 €.
Chemise et pantalon en satin de soie, Helmut Lang, 310 € et 330 €.
Veste de tailleur oversize, en laine et polyester, Acne Studios, 670 €. Chemise en popeline de coton, The Frankie Shop, 114 €.
Cardigan pression, Le Classique taupe, 100 % coton, agnès b., 145 €. Tee-shirt col rond, en coton, Petit Bateau, 17,90 €.