« Le dépassement du clivage gauche droite a résisté au point de garantir à Macron l’improbable position de favori pour la présidentielle de 2022 »

Emmanuel Macron, à Colombes (Hauts-de-Seine), le 17 octobre 2021.

La très forte compétition qui vient de s’ouvrir à l’extrême droite a des répercussions inédites sur l’ensemble du champ politique. Non seulement elle bouscule les positions acquises et fragilise les pronostics les mieux établis, mais elle contribue par contraste à solidifier le camp qui faisait figure, il y a quelques mois encore, de maillon faible.

Interrogés en février par l’IFOP, deux tiers des Français jugeaient « assez ou très probable » un duel Macron-Le Pen en 2022. Cependant, une proportion encore plus forte (70 %) affirmait ne pas souhaiter un tel face-à-face. Jugeant le jeu ouvert, la quasi-totalité des adversaires d’Emmanuel Macron ont alors estimé que des deux figures, celle du président de la République était la plus fragile.

Le cas de Xavier Bertrand est symptomatique. Lancé très tôt dans l’aventure présidentielle, le président de la région Hauts-de-France a construit sa candidature autour de deux axiomes. D’abord, il devait être « l’anti-Macron », comme François Hollande avait su camper, en 2012, « l’anti-Sarkozy ». Sa personnalité et son parcours s’y prêtaient. Il pouvait miser sur la rondeur, la proximité, le provincialisme pour faire ressortir, par contraste, l’arrogance que beaucoup reprochent au président sortant. En second lieu, il lui fallait prouver qu’à force de mesures concrètes, il était capable de s’imposer comme le meilleur rempart anti-Le Pen.

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La seconde partie du contrat a été remplie au-delà de ses espérances : dans les Hauts-de-France comme ailleurs, le Rassemblement national a réalisé, lors des élections régionales de juin, des scores nettement en deçà de ses attentes, au point que Marine Le Pen n’est plus assurée, aujourd’hui, de figurer au second tour de la présidentielle.

Consolidation du socle électoral

Depuis septembre, Eric Zemmour lui assène d’efficaces coups de boutoir. Non content de vouloir la marginaliser au prétexte qu’elle serait incapable de gagner, le trublion a également entrepris de dynamiter le parti Les Républicains (LR), dans l’espoir de faire sauter le verrou entre les électorats d’extrême droite et de droite.

Avant de prétendre être le challenger du président de la République, Xavier Bertrand, comme ses cinq autres concurrents LR, est obligé de charrier des sacs de sable pour prouver que les fortifications tiennent encore et que la droite républicaine n’est pas coulée.

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Par contraste, le camp présidentiel résiste. Dans le baromètre Ipsos/Le Point, Emmanuel Macron se maintient depuis des semaines aux alentours de 40 % d’opinions favorables. A époque comparable, Nicolas Sarkozy était crédité de 35 % et François Hollande de seulement 15 %. Les intentions de vote en faveur de l’actuel chef de l’Etat sont certes sensiblement plus faibles que sa cote de popularité, mais estimées entre 25 % et 27 %, elles se situent au-dessus de son résultat de premier tour de 2017 (24,01 %) et n’indiquent pas de changement majeur dans la structure de son électorat. Le gros des électeurs de gauche qui l’avait rejoint il y a quatre ans lui reste fidèle tandis que 20 % de ceux qui avaient choisi François Fillon en 2017 se disent prêts à voter pour lui (enquête Ipsos/Le Parisien du 2 octobre et IFOP/Le Figaro/LCI du 16 octobre).

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