«  Le diamant retrouve son brillant »

Matières Premières. Rivières de diamants sur la Riviera. Après avoir rembobiné son édition 2020, le Festival de Cannes déroule à nouveau son tapis rouge du 6 au 17 juillet. Un décor idéal pour les griffes de luxe, mises en lumière dans un défilé savamment orchestré de stars de cinéma et d’égéries. Les écrans s’allument et les écrins s’ouvrent. La joaillerie brille sous le feu des projecteurs.

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Le moment est propice. Après le choc du coronavirus, la fièvre acheteuse est galopante. Le constat est sans appel. Durant cette crise sanitaire, la bonne fortune a souri aux plus riches. Or, les voyages n’ont pas encore retrouvé leur rythme de croisière. En attendant, l’argent va à l’argent, mais aussi à l’or et aux pierres précieuses. Le diamant retrouve son brillant. La société DeBeers a ainsi vendu pour 1,6 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros) de pierres brutes lors de ses trois premières ventes de 2021, un résultat proche de celui de 2018.

Deux pierres exceptionnelles ont été extraites au Bostwana

Rien de comparable, il y a juste un an. La situation du diamant était diamétralement opposée. En Inde comme à Anvers, tailleurs et polisseurs s’étaient placés sur pause. Avec le confinement, le report des mariages, la mise en sourdine des fêtes, les ventes de pierres précieuses ont brusquement chuté. Pris à contre-pied, DeBeers, filiale du groupe minier Anglo American, et son concurrent russe Alrosa, ont assisté, impuissants, à l’apparition d’une montagne de stocks. En septembre 2020, DeBeers a même été contraint de tailler dans ses prix, pour écouler sa précieuse marchandise. Le diamant à terre ! Le groupe de luxe français LVMH en avait profité pour obtenir une ristourne de 425 millions de dollars, à déduire du chèque faramineux de 15,7 milliards de dollars, signé pour s’offrir le joaillier new-yorkais Tiffany.

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Fin 2020, les nuages accumulés sur le secteur du luxe se sont progressivement estompés. De Thanksgiving au Nouvel An chinois, les clients ont fait leur retour dans les boutiques. Et depuis début 2021, DeBeers réajuste progressivement ses prix à la hausse. La pression monte chez les tailleurs et polisseurs, priés d’enclencher la surmultipliée, pour suivre le tempo des emplettes. Peut-on évoquer un risque de pénurie de diamants étincelants en vitrine ?

Que les plus anxieux se rassurent. Coup sur coup, deux pierres exceptionnelles ont été extraites au Bostwana. Le 16 juin, DeBeers clamait la découverte d’un « caillou » de 1 098 carats, le troisième plus gros diamant jamais trouvé dans le monde. Il n’a pas brillé longtemps à cette place convoitée. Elle lui a été ravie par une pierre rivale de 1 174 carats, dévoilée le 7 juillet par la société canadienne Lucara. Elle se classe derrière le Sewelô, un diamant brut de 1 758 carats, propriété de Louis Vuitton. Pour l’heure, le Cullinan découvert en 1905 en Afrique du Sud, et dont la Couronne britannique possède de belles fractions n’est pas détrôné. Avec ses 3 106 carats, il caracole toujours en tête du brillant défilé. Et l’argent continue de couler vers les rivières de diamants…