Le Festival baroque de Pontoise convoque Bach, entre art visuel et musique minimaliste

« Bach Minimaliste », par La Tempête, sous la direction de Simon-Pierre Bestion de Camboulas, à Uzerche (Corrèze), le 13 janvier 2019.

L’année dernière déjà, le Festival baroque de Pontoise (Val-d’Oise) était passé entre les gouttes, juste avant le reconfinement. Cette fois, la 36e édition, qui a commencé le 1er octobre, ne semble pas accuser la baisse notoire de fréquentation globalement constatée dans le secteur culturel. De quoi galvaniser l’enthousiasme de Pascal Bertin, directeur artistique de la manifestation depuis 2019, année où il a mis fin à sa carrière de contre-ténor, raccrochant dans un message publié sur Facebook, après deux décennies passées à courir le monde.

Samedi 9 octobre, la manifestation, qui essaime dans une quinzaine de lieux de la banlieue parisienne, était à Argenteuil, salle du Figuier blanc. Au programme, un détonnant Bach minimaliste, proposé par Simon-Pierre Bestion de Camboulas, à la tête de sa compagnie vocale et instrumentale La Tempête. Conçu par le chef d’orchestre, le spectacle, créé aux Bouffes du Nord, à Paris, en novembre 2019, avec la collaboration de l’artiste numérique Jemma Woolmore (réalisatrice du mapping en live) et de l’éclairagiste Marianne Pelcerf, mêle musique et art visuel autour du Concerto en ré mineur pour clavecin BWV 1052, de Bach. Une musique entêtante à la rythmique obsédante, dont le flux inextinguible se rapproche des partitions du courant de musique répétitive du XXe siècle (en l’occurrence Steve Reich, John Adams, Henryk Gorecki et Knut Nystedt).

Les dix-huit instrumentistes à cordes se sont glissés dans la pénombre, silhouettes improbables floutées derrière des écrans transparents en forme d’origamis, laissant paraître qui une tête, qui un bras, cependant qu’au sommet de la pyramide trône le clavecin virtuose de Louis-Noël Bestion de Camboulas. Le frère du chef d’orchestre s’est emparé de l’impétueux Piano Phase, de Steve Reich, pièce dont les miroitements allumeront peu à peu les neuf boules de réverbère qui jalonnent l’espace, tel un chemin de poésie.

Moments magiques

D’abord discrètes puis de plus en plus volubiles, d’élégantes figures géométriques en noir et blanc émaillent le premier mouvement du concerto, de Bach, diffractant davantage les groupes de musiciens disséminés dont le découpage spatialisé semble offrir en miroir une sorte de mapping acoustique. Une prise de risque fièrement assumée par des musiciens aguerris, nullement troublés par les gerbes et fusées qui accompagnent le Concerto pour clavecin op. 40, de Gorecki, l’instrument soliste tricotant sur l’hymne des cordes à l’unisson et à l’octave.

L’auditeur cherche derrière les diffractions d’images, vols de signes, sinusoïdes en bannières, polyèdres colorés, des topographies musicales

Il vous reste 40.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.