Le Festival de Deauville face à la délicate équation du cinéma américain

Nicolas Cage dans « Pig », de Michael Sarnoski.

Passant par le Festival du cinéma américain de Deauville (tenu du 3 au 12 septembre), 47e du nom, on aura été surpris par le nombre inhabituel de films non américains sélectionnés céans. L’an dernier, fut en effet inaugurée, en signe de solidarité avec le Festival de Cannes qui ne pouvait se tenir, la programmation de plusieurs titres qui y avaient été sélectionnés.

L’idée plut, elle est entérinée cette année, quand bien même Cannes eut lieu. Par ailleurs, Deauville se transforme en rampe de lancement d’un certain nombre de films français dont la sortie est imminente.

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Une présence allogène qui incite le directeur du festival, Bruno Barde, à rappeler que « l’ADN reste très majoritairement américain ». La perche est tendue, autant la saisir. L’ADN présenterait-il quelques défauts ? On penserait, a priori, que l’organisation d’un festival de cinéma américain joue sur du velours, tant celui-ci présente d’attraits, entre cinéma indépendant, cinéma de studio et stars à gogo. Mais ces trois atouts, sur lesquels a toujours misé Deauville, force est de constater qu’ils ne s’offrent plus avec la même évidence.

Les studios, plus formatés que jamais, calibrent désormais la sortie de leurs blockbusters en évitant tout facteur de risque, et donc les festivals européens, où l’on ambitionne encore d’exprimer un jugement de goût sur les films. Les stars, inféodées aux studios et à leur marketing d’airain, suivent naturellement le mouvement. Quant au cinéma indépendant, appellation suffisamment vague pour englober un grand nombre de postulants plus ou moins avérés à Hollywood, il ne produit que rarement des auteurs dignes de ce nom, qui pourraient de surcroît se permettre de durer dans le système américain. Ajoutez à cela une pandémie qui paralyse les déplacements, et vous obtenez un tableau compliqué.

Représentation des minorités

Bruno Barde l’avoue d’ailleurs sans ambages : « C’est de plus en plus difficile. J’adore mon métier de montreur et de passeur de films. Mais je le conçois de plus en plus comme un acte de résistance. Nous avons cessé de nous déplacer à Los Angeles, constatant que cela ne servait à rien. Les patrons des studios sont charmants, ils vous accueillent et vous bercent de promesses, mais, derrière, rien ne bouge jamais. Le niveau de la production cinématographique américaine n’est par ailleurs plus ce qu’il était. »

Ce qui n’empêche pas le public de répondre avec enthousiasme, pour ne pas dire avec avidité, à la proposition qui lui est faite. La salle de 1 500 places du Centre international de Deauville fut quasi pleine du matin au soir, et refusa même stoïquement de se vider lorsqu’une des vedettes de cette édition, Johnny Depp, se présenta devant le public avec une heure de retard, comme une fleur, pour introduire City of Lies, de Brad Furman.

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