Le Festival de Saint-Sébastien dans la dynamique du cinéma espagnol

Luis Tosar et Blanca Portillo dans « Maixabel », d’Iciar Bollain.

La blessure est toujours là, profonde, et le renoncement définitif en 2011 d’ETA à la lutte armée n’a pas suffi à gommer un demi-siècle de guerre civile au Pays basque espagnol. De cela, le Festival international de cinéma de Saint-Sébastien, le SSIFF, qui s’y tient du 17 au 25 septembre, apporte une nouvelle fois le témoignage. Après la série Patria, d’Aitor Gabilondo (HBO) qu’on y avait découvert en 2020, plusieurs films reviennent encore pour cette nouvelle édition sur le conflit, et la difficulté qu’il y a à réconcilier les fantômes.

En témoigne l’interminable ovation qui a suivi la projection dans la grande salle du Kursaal de Maixabel, d’Iciar Bollain, un biopic sur la femme du socialiste Juan Mari Jauregui assassiné en 2000, qui fut la première à accepter de rencontrer les meurtriers dans une volonté de réconciliation.

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Saint-Sébastien, alias Donostia en basque, ses ciels changeants, sa baie en forme de coquille. « La plus belle ville d’Espagne », vous glissera-t-on, dont Franco avait fait sa résidence d’hiver. Paradoxale station balnéaire et chef-lieu d’une guerre sanglante. A l’image des protagonistes de Maixabel, la ville et son festival travaillent la résilience. Né il y a soixante-neuf ans sous la dictature, alors petite chose confidentielle, le SSIFF est devenu dans les années 1980 un événement d’envergure internationale (« Le meilleur des festivals, pour le cinéma et pour la bouffe », selon Bertrand Tavernier) avant de disparaître plus ou moins des radars médiatiques.

José Luis Rebordinos, directeur du Festival de Saint-Sébastien : « Chez nous, le mélange de la production classique avec les plates-formes s’est bien fait et a ouvert énormément d’opportunités »

Les festivals vivent et meurent. Celui de Saint-Sébastien a résisté à la pandémie – il est, avec celui de Venise, le seul qui a pu maintenir une édition en 2020 – mais encore le voit-on depuis se développer. Dans le jargon du métier, il fait partie de ce qu’on appelle les festivals de catégorie B, juste derrière les grands : Cannes, Venise, Berlin ou Toronto. Mais alors que le Festival de Rome est aujourd’hui l’ombre de lui-même, que Locarno est en perte de vitesse, Saint-Sébastien semble bénéficier d’une nouvelle dynamique qui est celle du marché espagnol.

Alors que ce dernier ne pesait rien il y a encore vingt ans, il taille en effet désormais des croupières à l’industrie cinématographique italienne. Espagne, la terre de la nouvelle promesse ? « Théoriquement, avec la crise du Covid-19, ce devrait être un très mauvais moment pour le cinéma espagnol, mais paradoxalement c’est tout le contraire qui se passe, l’industrie est au contraire bien plus forte qu’il y a vingt ans, explique José Luis Rebordinos, le directeur du Festival de Saint-Sébastien. Pourquoi ? Parce que, chez nous, le mélange de la production classique avec les plates-formes s’est bien fait et a ouvert énormément d’opportunités. L’unique problème actuellement reste la distribution, les salles de cinéma… » MK2 ne s’y est pas trompé, qui après avoir investi dans le réseau Cinésur, a racheté la semaine passée une nouvelle salle à Madrid…

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