Le fleuron Aluminium Dunkerque aux mains d’un fonds d’investissement américain

L’usine Aluminium Dunkerque, le 11 janvier 2018.

Un comité social et économique (CSE) s’est tenu, lundi 4 octobre, chez Aluminium Dunkerque (Nord), premier producteur européen d’aluminium primaire. Après que le fonds d’investissements American Industrial Partners (AIP) a annoncé vendredi 1er octobre avoir pris le contrôle de l’usine, ses représentants sont venus rencontrer les salariés. « Sur le papier, bien sûr, tout est beau. Mais on a appris à se méfier », commente Laurent Geeraert, secrétaire CGT du CSE. S’il se concrétise, ce changement de propriétaire signera en effet un nouveau chapitre de la saga de la fonderie trentenaire, qui compte 630 salariés.

Fondé en 1991, cet ancien fleuron de Pechiney a d’abord été victime d’une OPA hostile du canadien Alcan en 2003 avant d’être racheté en 2007 par le minier anglo-australien Rio Tinto, qui l’a revendu en 2018 à Liberty, société de la nébuleuse GFG Alliance de l’indo-britannique Sanjeev Gupta.

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Illustration de l’opacité pratiquée par ce dernier, cette acquisition s’était faite par un écheveau de sept holdings, certaines localisées dans des paradis fiscaux. L’achat a été financé par deux prêts successifs, la fonderie étant gagée pour garantir l’emprunt : si GFG ne parvenait pas à rembourser sa dette, l’usine devait changer de mains. En mars, Greensill, principal partenaire financier de GFG, dépose le bilan, fragilisant l’ensemble des sociétés du groupe. C’est là qu’AIP prend l’avantage, rachetant une partie de la dette de la fonderie. Lorsque Gupta finit par faire défaut, le fonds exerce sa sûreté et devient propriétaire des parts gagées.

Actif stratégique

L’opération a été fraîchement accueillie par GFG, qui a affirmé, dans un communiqué, avoir offert de rembourser la dette AIP grâce au refinancement engagé par un tiers – à l’heure où les cours de l’aluminium sont au plus haut, difficile de laisser partir un tel joyau. « Au lieu de cela, AIP s’est servi de son prêt pour orchestrer une reprise d’actifs bien en dessous de la valeur de marché. GFG Alliance défendra sa position et ses intérêts avec vigueur », écrit GFG.

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En attendant le règlement du litige en justice, le bureau de contrôle des investissements étrangers en France a donné son feu vert : l’américain AIP est bien le nouveau propriétaire de cet actif stratégique, dont est client le ministère des armées. Bercy, qui indique n’avoir connaissance d’aucun signalement négatif sur AIP, connu pour conserver ses participations dans des entreprises industrielles de trois à cinq ans, affirme avoir obtenu des garanties en termes d’investissements futurs et de stabilité des équipes. « Mais un site industriel, il faut voir à dix, quinze ans, souligne Laurent Geeraert, qui rappelle que, lors du rachat de 2018, Liberty aussi avait promis des investissements. Ils ne sont jamais venus.

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