Le FMI s’inquiète des lignes de fracture dans la reprise économique mondiale

Dans un magasin Costco, à Miami, le 28 septembre 2021.

L’optimisme est légèrement retombé. Dans ses prévisions publiées mardi 12 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) table sur une croissance mondiale de 5,9 % en 2021 (l’institution estimait la hausse à 6 % en juillet), puis de 4,9 % en 2022. En quelques mois, l’horizon s’est « assombri » dans les pays à bas revenu, en raison de la diffusion du variant Delta du Covid-19. Et les perturbations des chaînes d’approvisionnement rendent la reprise « plus difficile » dans les économies avancées. Les prévisions de croissance ne sont revues à la hausse que dans les pays exportateurs de matières premières, qui bénéficient de la progression des cours.

Le rythme de la reprise mondiale inquiète moins le FMI que les écarts qui se creusent entre les pays. En 2024, le produit intérieur brut (PIB) des économies avancées dépassera de 0,9 % le niveau d’avant-pandémie, alors qu’il sera inférieur de 5,5 % dans le groupe des pays émergents (hors Chine). La crise a mis fin, au moins pour quelques années, au rattrapage des pays émergents et enfonce les pays à bas revenu dans la stagnation. Ces derniers ont enregistré, depuis juillet, la plus forte révision à la baisse de croissance (– 0,6 %), et entre 65 millions et 75 millions de leurs habitants devraient tomber dans l’extrême pauvreté cette année.

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Cette grande divergence s’explique d’abord par des campagnes de vaccination à double vitesse : 60 % des habitants des pays riches sont vaccinés, contre seulement 5 % dans les pays pauvres, ce qui retarde leur déconfinement et leur reprise. La lenteur de la vaccination menace aussi l’économie mondiale, et le FMI appelle à l’accélérer : « Cela sauverait des vies (…), diminuerait le risque d’apparition de nouveaux variants et ajouterait des milliers de milliards de dollars à la reprise économique. »

Une capacité à mobiliser les fonds qui diverge selon les pays

Selon les calculs de l’institution, 1 milliard de doses pourraient être données par les pays riches sans compromettre leurs objectifs de vaccination, et il ne suffirait que de 50 milliards de dollars (43,3 milliards d’euros) supplémentaires pour vacciner 40 % de la population de chaque pays d’ici à la fin de 2021 et 70 % d’ici à la mi-2022. Les pays pauvres vont avoir besoin de dépenser 200 milliards de dollars pour combattre la pandémie et de 250 milliards pour relancer leurs économies.

L’autre facteur de divergence et d’inégalités, c’est justement la capacité à mobiliser les fonds pour soutenir et relancer les économies. « De nombreux pays émergents et en développement, confrontés à des conditions financières plus restrictives et à des risques d’inflation, cessent de soutenir leurs économies plus tôt, en dépit d’une activité qui n’est pas revenue à la normale », souligne Gita Gopinath, l’économiste en chef du FMI. Cette année, l’institution installée à Washington a augmenté ses réserves de 650 milliards de dollars, par le biais d’une émission de droits de tirage spéciaux (DTS) la plus importante de son histoire. Une bouffée d’oxygène qui profite à tous les pays membres du Fonds, proportionnellement à leurs quotes-parts.

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