« Le futur concert virtuel d’Aya Nakamura sur “Fortnite” illustre le flirt poussé entre l’industrie musicale et celle du jeu vidéo »

Il n’est pas sûr que l’information affole les plus de 20 ans mais il faut commencer par là. Fin septembre, on a appris que la chanteuse Aya Nakamura allait donner un concert virtuel sur la plate-forme du jeu vidéo américain Fortnite. C’est le dernier exemple, parmi d’autres, du flirt poussé entre l’industrie musicale et celle du jeu. Une bonne affaire pour les deux camps mais pour la diversité des pratiques culturelles des ados, ça reste à voir.

Aya Nakamura est la chanteuse française la plus écoutée dans le monde. Fortnite est le jeu participatif de combat le plus populaire de la planète (350 millions de joueurs). Epic Games, son distributeur, et Warner Music, producteur de la pop star, n’ont pas donné de date pour un événement qu’ils qualifient d’inédit pour une artiste de l’Hexagone.

Pas aux Etats-Unis. Dans les années 2000, les groupes Duran Duran et U2 ouvrent le bal du mariage entre concert et jeu vidéo en se produisant dans le jeu Second Life. La pandémie due au Covid et les confinements accélèrent le phénomène. Le tournant survient en avril 2020 quand le rappeur Travis Scott donne cinq mini-concerts réunissant 27,7 millions de fans – un record – sous le ciel étoilé du jeu Fortnite.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Travis Scott sur « Fortnite », Alonzo sur « GTA »… Les concerts jouent le jeu du virtuel

D’autres musiciens s’engouffrent alors dans cette voie, comme le groupe pop coréen BTS, la chanteuse Ariana Grande, le DJ Diplo, Massive Attack, beaucoup de rappeurs. Le jeu Minecraft organise en juin 2020 un événement de musique électronique avec plusieurs centaines de DJ. Le jeu Sims 4 imagine en juillet 2021 un festival musical de dix jours, avec stands et camping (virtuel). Roblox, une plate-forme où les enfants de 8 ans inventent des jeux, a récemment organisé un concert caritatif avec Lady Gaga, Paul McCartney et le rappeur Lil Nas X.

Gagnant-gagnant

Les concerts virtuels sont souvent gratuits mais gagnant-gagnant. Les producteurs de jeux dopent leurs ventes. Les musiciens mondialisent leur public, la diffusion de leurs albums grimpe, les écoutes en streaming aussi (+ 124 % pour Travis Scott après son apparition sur Fortnite). Les deux parties profitent de la vente de vêtements virtuels à 15 dollars (13 euros), que le joueur fait porter à son avatar – son personnage, joueur et spectateur. Travis Scott, selon la revue Forbes, a empoché 20 millions de dollars grâce à Fortnite.

Le joueur-spectateur assiste à la performance lui aussi par l’intermédiaire de son avatar, proche du dessin animé

Ces spectacles virtuels n’ont rien à voir avec les concerts « à la maison » que des musiciens ont multipliés pendant les confinements. L’expérience est interactive. Le chanteur se produit sous la forme d’avatar de pixels, dans un décor mouvant. Le joueur-spectateur assiste à la performance lui aussi par l’intermédiaire de son avatar proche du dessin animé. Il peut, avec sa manette, se déplacer dans la salle, monter sur scène, danser, bavarder avec des amis de façon vocale ou avec son clavier. Sans avoir peur des foules, sans risque de harcèlement.

Il vous reste 51.41% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.