Le gîte et le couvert : accents parisiens à l’Hôtel Rochechouart

Le rooftop de l’Hôtel Rochechouart.

Difficile de trouver une auberge digne de ce nom dans la capitale. Pour Paris, il faut faire l’impasse sur le côté familial et incarné. L’économie d’échelle n’est pas la même. Mais certains talents réussissent toujours à insuffler une âme là où c’est le plus compliqué : sur le boulevard Rochechouart, par exemple, à deux pas du lycée Jacques-Decour, grande bâtisse morne en pierre de taille grisée par la pollution, et non loin des sex-shops à néons criards de Pigalle.

Au pied du Sacré-Cœur, où les touristes disputent l’espace aux bobos, l’Hôtel Rochechouart s’annonce comme un établissement pour les ­voyageurs de tous bords. Repris par le groupe Orso, à l’origine d’hôtels à la politique locavore et au décor en accord avec l’histoire des lieux, il déploie une ambiance années 1930 rafraîchie par les architectes de l’agence Festen. Les férus d’histoire sauront que Joséphine Baker dansait sur les tables du restaurant ou du tripot clandestin qui était en sous-sol. Et déjà, on se sent faire partie de la famille.

Une vue imprenable sur Montmartre

Pourtant, à la première visite, le restaurant est monopolisé. Impossible de déjeuner. Le Club des Cent se réunit pour son raout annuel : des hommes aux influences variées (de Guillaume Gallienne à Jean-Pierre Jouyet) s’apprêtent à se mettre à table. Il n’y aura pas de place pour la plèbe, qui peut toujours se consoler dans l’une des 106 chambres, dont certaines ont une vue imprenable sur Montmartre.

A défaut de Sacré-Cœur, les teintes bronze, or et noires de la décoration apaiseront la déception. Quelques jours plus tard, enfin à table, sur les banquettes ambre de la salle restaurée quasi à l’identique, la miche de pain local est vite beurrée en attendant les entrées. La salle est vide cette fois-ci, mais les assiettes bien pleines. La soupe glacée de petits pois à la menthe poivrée a l’attrait du déjà-vu. La conversation n’est pas perturbée et le corps est sustenté.

Le dos de daurade rôti est du même acabit. Le beurre blanc nappe généreusement la chair fondante. Les légumes de saison (haricots et pois gourmands) sont al dente, eux aussi repus de gras. Heureusement, le pain est délicieux et joue son rôle comme personne. Il se gorge de beurre blanc sans que la croûte ne soit atteinte. L’amertume de cette croûte bien cuite offre un contrepoint non négligeable au caractère doucereux de ce repas classique. Mais n’est-ce pas ce que tout voyageur de passage demande ? Un terrain connu sur un territoire inconnu ?

L’île flottante, un dessert servi à l’Hôtel Rochechouart.

La réponse est sans conteste affirmative à l’arrivée de l’île flottante. L’éminence blanche est passée à la flamme d’un chalumeau qui a carbonisé tous les a priori sur le thème. Gigantesque volcan éteint posé sur un lagon de crème anglaise, les blancs d’œufs en neige sont une promesse intenable. La démesure de l’aventure fait sourire.

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Et pourtant, les cuillères attaquent la face nord, puis sud, puis ouest, abandonnant finalement le flan oriental. Une plongée dans la crème révèle un vanillé subtil. Il fallait que l’argument soit de taille pour convaincre les voyageurs de rester encore un peu. Qui aurait pu prédire qu’il serait fait de blancs en neige ?

L’adresse Hôtel Rochechouart, 55, bd de Rochechouart, Paris 9e. Tél. : 01-42-81-91-00.
L’addition La nuit est entre 120 € et 600 €, le repas autour de 50 €.

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