« Le GPS nous déresponsabilise » : la renaissance des cartes routières

Une des cartes du livre Cartomania France, qui répertorie les noms de famille les plus courants par région.

Qui se souvient de ces cartes ­routières dépliées avec difficulté dans une voiture en perdition, entre deux ronds-points, sur une bretelle d’autoroute ou à l’orée d’une départementale ? Il y avait toujours une « Luchon-Perpignan » ou une « Auxerre-Dijon » au 1/200 000e qui traînait dans la boîte à gants ou le porte-documents. On ne la dépliait jamais du bon côté, et il fallait souvent la rafistoler avec du ruban adhésif.

« Une carte en papier a beaucoup d’avantages par rapport à un système de guidage électronique. On a une vue d’ensemble de la région, on peut la regarder facilement à plusieurs, on peut écrire dessus. » Philippe Sablayrolles, Michelin Editions

Quant à la grande carte de France, avec la tache orangée des métropoles, elle était la reine des voyages au long cours. Pourtant, peu à peu, les GPS et autres maps de smartphone, de tablette ou d’ordinateur ont détrôné ce fétiche du XXe siècle. La carte « papier » n’a pourtant pas dit son dernier mot.

C’est ce que l’on constate chez Michelin, où l’on fabrique toujours des cartes au 1/200 000e, avec leur papier désormais indéchirable (car en partie synthétique). L’été 2021, les ventes ont progressé de 5,8 % par rapport à l’été 2020. Les atlas – des recueils de cartes, spiralés ou non, enrichis de renseignements pour les routiers ou les camping-caristes, notamment – progressent même de 19,3 %.

« Une carte en papier a beaucoup d’avantages par rapport à un système de guidage électronique, souligne Philippe Sablayrolles, directeur de la cartographie chez Michelin Editions. On a une vue d’ensemble de la région, on peut la regarder facilement à plusieurs, on peut écrire dessus. Depuis quelques années, nous y ajoutons des informations touristiques comme les étoiles de nos Guides verts pour les sites à visiter. Cet été, les régions du centre de la France ont été particulièrement recherchées : Périgord, Limousin, Auvergne… »

Un support pour la rêverie

Même constat du côté de l’IGN, où la fameuse carte Top 25 (au 1/25 000e) est l’alliée des randonneurs. A l’été 2021, les ventes ont progressé de 20 % par rapport à la même période de 2019, avant la pandémie. Indispensable quand les téléphones tombent en rade ou que le réseau faiblit, la carte IGN autorise la balade en toute sécurité. Grâce à elle, on imagine les reliefs à gravir, les sentiers à emprunter et les cours d’eau à franchir. A la fois belle et utile, la carte en papier est un support pour la rêverie, une indispensable préparation au voyage.

La carte IGN, un indispensable en randonnée.
Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Duvets, tentes, tapis de sol, réchauds… tout se vend » : le business florissant de la randonnée pédestre

C’est cet amour de la géographie qui anime E. Didal (le pseudonyme d’un auteur qui a choisi le E de l’Encyclopédie et rend hommage à Diderot et d’Alembert dans son patronyme). Cartomania France, son atlas insolite de culture générale, s’amuse à situer sur l’Hexagone une foule d’informations : les voies navigables, les centrales nucléaires, les 130 départements napoléoniens, les vins et les fromages, les lieux de tournage des films cultes…

Grand ­format, ce coffee table book nous donne envie de repartir sur les chemins de France et d’ailleurs. « Une carte en papier donne du pouvoir au lecteur », s’enthousiasme E. Didal. « Le GPS nous déresponsabilise. La manipulation de l’objet carte, qu’elle soit routière ou de randonnée, nous réinstitue comme sujet », avance-t-il. Aux amoureux de cartes et d’estampes, dirait Baudelaire, l’univers est égal à leur vaste appétit…

Cartomania France, l’atlas insolite de culture générale, par E. Didal et l’Atelier Cartographik (La Martinière), 26,50 €

instagram.com/michelinvoyage

ign.rando.fr/boutique