Le grand bond en arrière des pays émergents, forcés de réajuster leur « stratégie d’insertion dans l’économie mondiale »

Distribution de nourriture à Calcutta, en Inde, le 23 mai 2021. Le pays compte 85 millions de personnes en plus vivant dans l’extrême pauvreté.

Pour Ford, le marché indien n’aura été qu’un mirage. Le constructeur automobile américain a annoncé le 9 septembre qu’il se retirait du pays après avoir cumulé plus de 2 milliards de dollars de pertes (près de 1,7 milliard d’euros) au cours des dix dernières années. Une fin de route douloureuse et inattendue pour une entreprise qui, il y a quelques années encore, voyait dans le géant asiatique et son 1,3 milliard d’habitants l’un des marchés automobiles les plus prometteurs de la planète.

En 2020, c’est Harley-Davidson qui a quitté le pays, précédé de General Motors en 2017. « Que des grandes entreprises comme Ford, qui investissent sur le long terme, se retirent d’un pays émergent comme l’Inde est inquiétant, explique Rebecca Ray, chercheuse au Global Development Policy Center de l’université américaine de Boston. Même si leur ralentissement avait déjà commencé il y a une dizaine d’années, la crise du Covid-19 aggrave cette tendance. »

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La crise a fait voler en éclats le concept des « émergents » popularisé dans les années 2000 par les banques d’affaires et les cabinets de conseil pour désigner les pays en développement à la croissance rapide, et en pleine insertion dans l’économie mondiale. Or depuis 2020, tous, sauf la Chine, sont tombés de leurs sommets avec des décrochages parfois violents, à l’instar de l’Inde et du Mexique, qui ont connu des récessions respectives de 8,7 % et 9,1 % l’an dernier.

Des écarts creusés

A en juger par leur taux de croissance, les émergents ne forment plus un groupe homogène tant les écarts se sont creusés en 2020, à la fois dans la même région, par exemple entre les Philippines (où le produit intérieur brut a chuté de 9,5 %) et le Vietnam (avec un PIB en hausse de 2,9 %), ou entre les continents. La récession a été contenue en Asie (l’économie a reculé de 1,5 %), mais marquée en Amérique du Sud (– 6,6 %). Alors que la croissance en Afrique était supérieure au reste du monde avant la pandémie (3,6 % contre 2,7 % en 2019), elle est repassée derrière la moyenne mondiale depuis le début de la pandémie.

A l’occasion de la crise, d’autres failles se sont ouvertes. « Alors que l’usage de la télémédecine explose en Chine et en Indonésie, le Laos et le Cambodge souffrent de pénuries d’électricité », relève Federico Bonaglia, directeur adjoint du Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

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