Le grand retour du spectre de l’inflation

Analyse. En octobre 2020, Christine Lagarde assurait dans une interview au Monde que la zone euro n’était pas en déflation et échapperait à la spirale infernale de baisse des prix qu’avait connue le Japon dans les années 1990. Cinq mois plus tard, en mars, la présidente de la Banque centrale européenne changeait de ton : l’inflation risquait de dépasser son objectif officiel de 2 % mais le phénomène était dû à « des raisons techniques et temporaires ». Alors que l’indice des prix en zone euro progressait de 3 % en août, le phénomène restait « temporaire », assurait-elle le 9 septembre, mais il allait désormais durer jusqu’en 2022 : « Nous nous attendons à ce que [l’inflation] continue à augmenter cet automne puis qu’elle décline l’année prochaine. »

En moins d’un an, l’inflation, cette belle endormie qui n’avait pas fait parler d’elle depuis si longtemps, est revenue au cœur des conversations des économistes. En zone euro, à 3 %, elle est au plus haut depuis 2011 ; en Allemagne, à 3,4 %, du jamais-vu depuis 2008 ; aux Etats-Unis, à 5,4 %, un record depuis la crise financière. En France, elle est de 2,4 %, retrouvant seulement son niveau de 2018, mais la tendance à la hausse est la même.

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L’inflation fait-elle son grand retour dans le monde occidental ? Après deux décennies où le sujet semblait avoir pratiquement disparu des conversations, la réponse à la question est d’une importance fondamentale. La politique salariale, le pouvoir d’achat ou encore la gestion de la dette publique en dépendent. A l’heure actuelle, toutes les banques centrales et la grande majorité des économistes estiment que le risque d’un dérapage persistant des prix est faible, particulièrement en zone euro.

Une impression de forte hausse

Mais aux Etats-Unis, où la poussée inflationniste a débuté plus tôt, quelques grands noms s’alarment. Larry Summers, l’ancien secrétaire au Trésor américain, est le plus éloquent de tous. L’homme, qui n’a jamais été un « faucon » anti-inflation, estime que le marché du travail américain est très tendu, que le stimulus budgétaire de Joe Biden dépasse les besoins de l’économie et que la majorité des observateurs sont devenus complaisants face au danger des hausses des prix.

Le débat ne concerne guère le court terme : tous sont d’accord pour dire que le phénomène est en partie transitoire. Mais à moyen terme, le débat est de savoir si la pandémie et le ralentissement de la mondialisation ne sont pas en train d’ouvrir une nouvelle page économique.

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