Le jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, laboratoire d’expériences scéniques à Avignon

Le jardin de la Vierge au Lycée Saint-Joseph, en 2018.

C’est un puits de verdure serré entre quatre hauts murs, une cour secrète qui ouvre sur une chapelle, un théâtre saisonnier quand l’été se profile. Tout ça à la fois ? Oui, et bien davantage. Chaque mois de juillet, depuis 1997, le jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, à Avignon, sort le grand jeu et se travestit en salle de spectacle sans en être tout à fait une. A l’enseigne de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, il devient un laboratoire de formes, d’expériences étourdissantes mixant théâtre, danse, cirque, marionnettes.

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Le jardin est découpé en deux. D’un côté, des gradins légers sont dressés pour accueillir 133 spectateurs sous une voile transparente. De l’autre, une estrade surélevée est encastrée au ras des bâtiments : elle est trouée de-ci de-là pour laisser passer les arbres dont un beau magnolia qui fait naturellement décor pour les acteurs et danseurs qui veulent s’en amuser. La vigne vierge (!), qui froufroute sur les murs, caresse le plateau et en adoucit les bords tout en berçant le public lorsqu’un coup de vent se faufile en rafraîchissant l’atmosphère. Les portes et fenêtres qui entourent l’aire de jeu, très réduite, débouchent directement dessus. Ici, le théâtre se moque de faire semblant d’en être, il montre tout à découvert et se joue de l’illusion.

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Et la Vierge, alors ? Où se niche-t-elle ? Elle se dissimule dans un coin, sur un socle, côté cour du jardin, avec son fils dans les bras. Selon les étés, des feuillages dissimulent plus ou moins sa silhouette blanche au sourire doux. Cette Vierge, qui fait en quelque sorte aussi partie du plateau, semble veiller sur lui, inviter au recueillement pour savourer à la fois l’espace et ce qui s’y trame. Régulièrement, on laisse son esprit divaguer, s’évaporer vers l’azur tout proche.

Bulles délirantes

Est-ce cette atmosphère si doucement particulière qui induit des gestes artistiques follement libres ? On a régulièrement été emballé devant nombre de performances, bulles délirantes, élucubrations allumées présentées ici, dans le programme d’abord appelé le Vif du sujet, puis les Sujets à vif et aujourd’hui Vive le sujet !. On a frémi devant Olivier Dubois jouant le gogo boy entouré de godemichés transparents dans Pour tout l’or du monde (2006), devant la rage de Phia Ménard déversant 65 énormes sacs de glace pour Black Monodie (2010). On a été secoué par la puissance du rappeur et acteur D’de Kabal dans Créatures (2013). On a ri avec la mini-Kaori Ito prise à bras-le-corps par le trois fois plus costaud Olivier Martin-Salvan pour Religieuse à la fraise (2014).

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