Le label Tôt ou tard célèbre ses 25 ans de chansons

Photo de groupe d’artistes du label, le 29 juin dans la cour des locaux de la maison de disques, à Paris (11e).

Un open space au premier étage d’un immeuble dans le quartier gentrifié de la Folie-Méricourt (11e arrondissement parisien). Aux murs, les trophées de métal (disques d’or ou de platine) qu’expose tout label phonographique et dont les seuils ont été drastiquement abaissés depuis la crise qu’a traversée la musique enregistrée. Des affiches, aussi, avec des visages familiers, dont ceux des deux punching-balls préférés – Vincent Delerm, plutôt épargné depuis l’avènement de Vianney – de qui aime dauber sur ce qu’on a appelé la « nouvelle chanson française ». La caravane passe : Tôt ou tard, la maison emblématique de cette relève, fête cette année ses 25 ans d’existence de la manière la plus narcissique qui soit, une autocélébration de son catalogue.

Lire aussi Le label Tôt ou Tard a fêté ses 10 ans à Saint-Brieuc

C’est ainsi que Dick Annegarn, Batave à la voix d’ogre, a francisé en Si seul le tube international que fut New Soul de la chanteuse franco israélienne Yael Naim, dont l’utilisation pour une publicité du géant Apple en 2008 permit à Tôt ou tard de sortir la tête de l’eau lors des pires années que connut le secteur. Dans ce jeu en famille, Delerm entend Vianney lui rendre hommage avec Vie Varda quand Je m’en vais, du même Vianney, est rappé par le jeune Chiloo. Et un autre gros vendeur du label, les electro rockers de Shaka Ponk, a durci le charmant Sirens Call de Cats on Trees.

Lire aussi : Les duos croisés de Tôt ou tard

On chante donc aussi en anglais chez Tôt ou tard, sans l’intransigeance de la chanson rive gauche. Côté rue, les locaux qui hébergent une trentaine d’employés donnent sur le Paris d’Haussmann. Côté cour, sur de la brique rouge et une illusion londonienne. Comme un rappel des amours de jeunesse du patron, Vincent Frèrebeau, éternel ado jovial de 58 ans dont les premières idoles avaient pour nom Joe Jackson, Elvis Costello et The Clash, jeunes gens en colère dans la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher qui semblent si éloignés de ces interprètes qui privilégient les confidences et les voix blanches. Un parlé-chanté dont le modèle canonique demeure Histoire de Melody Nelson, de Serge Gainsbourg, bien en vue dans le bureau de Frèrebeau.

Higelin « père biologique rêvé »

Sauf qu’à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), cet enfant adopté s’était aussi trouvé deux aînés forts en gueule avec Bernard Lavilliers et surtout Jacques Higelin. C’est ce « père biologique rêvé » qui, lors d’une soirée arrosée, devait baptiser Tôt ou tard, la marque que lance Warner en 1996. A 21 ans seulement, Frèrebeau a été nommé directeur artistique de la major par Thomas Noton, mort en novembre 2020, « manageur de Renaud à une époque », se souvient-il : « un Ecossais adorable qui fut, s’il vous plaît, guitariste des Fantômes », soit les pionniers du rock instrumental français en tant que version locale des Shadows. Et dont le batteur était Charles Benarroch, un des deux « B » initialisés sur un des actes fondateurs du rock français, l’album BBH 75 de Jacques Higelin.

Il vous reste 71.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.