« Le marché des produits dérivés autour de « Squid Game » ouvre des perspectives de revenus inespérées pour Netflix »

Quatre cent cinquante-six adultes, paumés et suicidaires, en survêtement vert bouteille, sont en train de changer le monde des médias. La série sud-coréenne Squid Game (« le jeu du calamar », prisé des enfants coréens), qui met en scène des exclus de la société, prêts à jouer leur vie à des marelles mortelles pour quelques millions de dollars, est le plus grand succès populaire de la plate-forme américaine Netflix, et la série la plus regardée dans le monde : 142 millions de spectateurs en moins de deux mois.

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En présentant les résultats du troisième trimestre de son exercice fiscal, mardi 19 octobre, la société californienne a estimé que cette série avait largement contribué à un spectaculaire rebond des abonnements. Alors qu’elle n’en avait engrangé que 5,5 millions supplémentaires durant les six premiers mois de 2021, elle en a récolté 4,4 millions pendant le seul troisième trimestre de l’année et en prévoit 8,5 millions de plus d’ici la fin de l’année.

Un Graal qui fait prospérer

Il était temps. Pour la première fois de son histoire, Netflix, la chaîne aux 213 millions d’abonnés, avait vu au premier semestre le nombre de ses clients américains baisser, après le boom de 2020 dû aux confinements successifs. De plus, elle fait face à la concurrence redoutable de Disney et HBO, qui multiplient les productions. La croissance est donc ailleurs, en Europe, et surtout en Asie. D’où l’investissement dans des séries locales, dont, surprise, certaines deviennent des succès mondiaux. Ce fut le cas de la série française Lupin, de l’espagnole La Casa de papel et, bien sûr, de Squid Game. Même en Chine, où ce genre de spectacle sanglant et décadent est rigoureusement interdit, la série circule sous le manteau et fait un tabac.

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Et, surprise supplémentaire, spontanément, des millions de fans se ruent sur les survêtements verts, les combinaisons roses des méchants et les petites gaufrettes typiques de Séoul que les protagonistes doivent bien découper sous peine de mort. Spontanément, un marché des produits dérivés s’est mis en place, ouvrant des perspectives de revenus inespérées pour Netflix. La firme estime que cette série, qui a coûté 21 millions de dollars à produire (18 millions d’euros), représente aujourd’hui une valeur de 900 millions avec des déclinaisons en produits, voire en jeux vidéo. Un univers en création, le Graal qui fait prospérer Disney depuis plus d’un demi-siècle. Mais en version « made in monde ». Et cela change tout.