Le melon ne tourne plus en rond

Le portail en bois s’ouvre sur un vaste jardin ensauvagé par de grands arbres et égayé par des guirlandes de fête champêtre. La lumière perce à travers les feuillages pour créer des mosaïques chatoyantes qui se déploient sur une vingtaine de tables vintage au son d’un refrain des Doors. Ce jour-là, un soleil provençal éblouit les clients du Hangar, à Marennes (Charente-Maritime). Ne manquent que des melons dans les assiettes pour qu’on se sente pleinement en été.

« C’est un produit qui se suffit à lui-même. Personnellement, je préfère accompagner sa fraîcheur avec de la verveine », Adrien Brunet, chef de l’Hôtel Crillon-le-Brave.

Le chef, Antoine Bertrand, commence à les travailler mi-juin, « s’il ne flotte pas trop ! » Gamin, il avait de sérieux griefs à l’encontre de la cucurbitacée, dont « le parfum est tellement puissant qu’il pourrissait tout dans la glacière des parents ». Aujourd’hui, le restaurateur, qui privilégie le circuit court dans ses menus à prix tassés (moins de 20 euros), ne peut pas se passer de cette star de la région. C’est entre le littoral charentais et le Centre-Val de Loire que se cultivent environ un tiers des 250 000 tonnes de melons produits en France chaque année, le reste poussant dans le Sud, entre l’Aquitaine et la région PACA.

« Ici, les melons sont dans tous les potagers, précise Antoine Bertrand. On les accompagne traditionnellement de fleur de sel. Moi, je le taille en cubes que je propose en entrée avec du pineau des Charentes, servi à part dans un verre à shooter afin de ne pas noyer la chair. J’ajoute simplement du pain et du beurre salé pour contrebalancer sa puissance sucrée. Si la saison est belle, je pourrai en proposer jusqu’à fin septembre. »

Le melon, madeleine de Proust des estivants, a le parfum des vacances. C’est le complice rafraîchissant des pique-niques familiaux, du régime qu’on se promet de faire durer tout l’été. Et selon une étude commandée par l’Association interprofessionnelle melon, il reste l’un des chouchous des Français. « C’est un produit qui se maintient, il s’en achète toujours environ 8 kg par ménage et par an, précise Marion Mispouillé, animatrice de l’association. En revanche, il est très sensible à la météo. On en produit et on en mange moins lorsqu’il fait mauvais, comme en 2020. »

« C’est 90 % d’eau »

Marion Mispouillé donne d’autres précisions intéressantes. D’abord, le Cucumis melo L. (son petit nom scientifique) n’est pas un fruit, mais un légume de la même famille que les courgettes. Ensuite, le melon « charentais » ne correspond pas à une zone de production : « C’est un type commercial, note Marion Mispouillé. On en trouve en Charente, en Aquitaine, à Cavaillon. Mais aussi en Espagne ou au Maroc, qui sont les deux grands pays d’où nous l’importons. »

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