Le mythique label PeeWee! renaît

Sophia Domancich, en janvier, à Paris.

Avec sa grâce, ses prix et sa drôlerie, la pianiste Sophia Domancich eut pu faire une carrière à succès. Double premier prix du Conservatoire national (musique de chambre et piano), première femme fêtée plus tard par le prix Django Reinhardt, Sophia Domancich a su très tôt « quitter la route ordinaire » (Choderlos de Laclos).

De Steve Lacy, Bernard Lubat, Jean-Louis Chautemps et Laurent Cugny, à Didier Levallet, Joëlle Léandre, Paul Rogers et Simon Goubert, ses rencontres plaident pour elle. Elle publie un magnifique album solo, Le Grand Jour, le douzième sous son nom. Une promenade enchantée, exigeante, d’une articulation saisissante. Dérive méditative, lovée dans le grand art de la lenteur et des mélodies suggérées, soudain percée de fulgurances… De Django à L’Oiseau des planètes, Fantômes et Trébuchantes

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Le Grand Jour marque et symbolise la renaissance d’un label mythique, PeeWee!. Un label indépendant, fondé en 1995 par Vincent Mahey et François Yvernat, mis en veilleuse en 2000. Symbolique d’autant plus forte que PeeWee! publie en même temps le poète camerounais Francis Bebey (1929-2001) et un album hallucinant du Zarboth Band : Grand Barnum All Bloom

De scrupuleux artisans

PeeWee! est l’étrange résultante mathématique des parcours de Vincent Mahey, le timide, et François Yvernat, le discret. Leur studio d’enregistrement, Sextan, à Malakoff (Hauts-de-Seine), est l’un des points de ralliement de musiciens et poètes tombés des étoiles. Plaisant, hospitalier, suréquipé et garant d’un savoir-faire impeccable.

Mahey et Yvernat en sont les très scrupuleux artisans. Ils ont une histoire. Géant au sourire immense, Vincent Mahey commence à Grenoble comme flûtiste (« piètre », dit-il) et saxophoniste (« modeste »). Par bonheur, il enregistre avec une petite formation, à 16 ans, en 1979. Et là, virage sur l’aile. En studio, ceux qui le fascinent, ce sont les ingénieurs du son. Un gars lui laisse les clés d’un petit studio grenoblois. Une station libre d’obédience communiste l’engage à Saint-Martin-d’Hères (Isère). Un des grands acteurs de la vie du jazz à Grenoble, Jacques Panisset, forme son goût et sa connaissance.

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Le père l’envoie à Los Angeles : « Je m’aperçois instantanément que je me suis trompé de ville. Ce n’est pas là que j’ai appris le métier. J’ai néanmoins fréquenté tous les studios possibles et fait des rencontres historiques (Bernie Kirsh, l’historique ingénieur de Chick Corea), mais j’ai appris sur le tas. De façon très artisanale, très compagnonnage »

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