Le nativisme, une nostalgie identitaire

Tout d’abord, une définition de l’objet de ce livre. Le nativisme est une idéologie selon laquelle le degré d’appartenance à une nation se mesure en termes d’« ancienneté », et partant, d’une certaine forme de « pureté » – il y a des Français « de souche », d’autres « de papier ». La conception nativiste de la société écarte ainsi l’égalité entre citoyens et se propose de les classer par ordre d’arrivée et de proximité (ethnique, religieuse ou culturelle), en déterminant de façon arbitraire « le moment où la “communauté nationale” se refermera et quels groupes pourront ou non l’intégrer ». C’est une pensée nostalgique, née de la crise de la démocratie libérale, et dont elle est le poison.

Le livre Nativisme (Les Petits Matins, 128 pages, 14 euros), écrit pour l’essentiel par deux chercheurs en sciences sociales, mais aussi par Aurélien Taché, député du Val-d’Oise élu sous l’étiquette La République en marche en 2017, un parti qu’il a quitté depuis, est aussi austère que bien pensé et analyse finement les racines de la « préférence nationale », le socle idéologique du Rassemblement national, qui irrigue peu à peu une partie du débat public. L’enjeu de l’ouvrage est de montrer que, contrairement aux apparences, loin de s’annuler, « nativisme et citoyenneté républicaine se nourrissent l’un l’autre » avec le débat sur l’islam et l’immigration.

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Pour ce faire, les auteurs comparent la situation française avec celle des Pays-Bas, après l’assassinat du cinéaste Theo Van Gogh par un islamiste, à l’automne 2004. « Deux pays de prime abord incomparables », ce qui fait ressortir avec plus de force la montée en puissance du nativisme, au nom d’un passé idéalisé – l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde en termes de population, est une ancienne colonie des Pays-Bas, même si leur immigration vient surtout du Maroc et de la Turquie.

Composante de l’identité nationale

Selon les auteurs, la conception, supposée universaliste, de la citoyenneté à la française pose elle-même problème : dès la fin des années 1980, le discours républicain oppose les musulmans à « l’universel » du modèle français, qui n’est en fait qu’une mise à distance culturelle de la vague d’immigration. Le débat sur la laïcité, ensuite, favorise la montée du nativisme et en fait une composante de l’identité nationale : la laïcité, simple principe d’organisation en 1905, devient une valeur morale, sélective et identitaire.

« Ce double discours rend le discours républicain particulièrement sujet à son instrumentalisation par la logique nativiste », estiment-ils, avec une conséquence : l’antiracisme est attaqué au nom de la défense des valeurs républicaines. « Tel est l’effet du nativisme sur l’universalisme républicain : il en annule la portée critique. »

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