Le « niveau scolaire », mais de quoi parle-t-on ?

Histoire d’une notion. Dans les controverses sur l’école, la déploration de la « baisse du niveau » a longtemps été un signe distinctif de la pensée réactionnaire, prompte à l’attribuer à un laisser-aller éducatif hérité de 1968 et dont les effets indéfiniment prolongés auraient abouti à un effondrement. En face, il était de bon ton de moquer cette rhétorique du déclin en rappelant – ce qui est exact – qu’elle remonte au moins à l’Antiquité. La baisse du niveau ? « Une vieille idée de vieux », ironisaient les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, dans un ouvrage au titre provocateur Le niveau monte (Seuil, 1989). Les camps étaient bien délimités. Ils le sont nettement moins aujourd’hui.

D’une part, la problématique s’est affinée. « Le » niveau, cela ne veut pas dire grand-chose : on ne peut mesurer que « des » niveaux, dans certaines disciplines et à certains stades des parcours scolaires. D’autre part, les débats prennent mieux en compte les différences internes aux générations d’élèves : vingt ans plus tard, les mêmes auteurs, sans se déjuger, soulignaient que « les écarts se creusent », l’école ne parvenant pas à compenser les inégalités sociales et culturelles.

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On en est toujours là. En attestent les enquêtes du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui comparent tous les trois ans les systèmes éducatifs en analysant les performances d’un échantillon d’élèves de 15 ans. La prochaine enquête ayant été repoussée d’un an en raison du Covid-19, ses résultats sont attendus en décembre 2023. Mais la dernière, publiée en décembre 2019, confirmait la France en championne des inégalités. Même si – point positif – le creusement des écarts y est « enrayé », elle reste le pays où l’origine sociale pèse le plus lourd sur le succès ou l’échec scolaire. Comme un médecin qui ne soignerait que les bien-portants, l’école française est efficace pour les « bons » et inopérante pour les faibles. Le noyau des élèves en difficulté « plombe » ses résultats nationaux.

Déclin cognitif

L’importance des écarts entre catégories d’élèves ne saurait cependant empêcher de situer notre système éducatif par rapport à d’autres pays. De ce point de vue, si l’on s’en tient au PISA, la réponse ne va pas dans le sens « décliniste » : il n’y a pas, par rapport à des pays comparables, de décrochage majeur qui ferait sombrer la France dans un déclin cognitif. Selon l’enquête 2018, dont la dominante était la compréhension de l’écrit, la France, avec 493 points, se classe en ce domaine très légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui comptabilise 487 points. Elle se situe ainsi entre la 15e et la 21e place, soit certes loin des meilleurs comme la Finlande mais au même niveau que l’Allemagne, la Belgique ou le Portugal. Le constat est similaire en « culture scientifique » et en mathématiques, où la France est également au-dessus de la moyenne de l’OCDE. La comparaison dans le temps des résultats français n’étaye pas non plus la thèse de l’effondrement : par rapport à la première de ces enquêtes, en 2000, les jeunes Français affichent des performances stables en compréhension de l’écrit et en culture scientifique.

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