Le « nolo », un cocktail de créativité

Les as du shaker prônent désormais le « boire moins mais mieux ».

Après avoir exporté le rituel du binge drinking, les Anglais sont devenus les grands promoteurs du nolo. Soit l’abstinence (no alcohol) ou la modération (low ABV, pour low alcohol by volume, « à faible teneur en alcool ») dans les boissons. Cette vogue lancée par la nation qui, en 2013, inventa le Dry January (mois de janvier sans alcool), et dont la capitale demeure celle des bars à cocktails, se transforme en lame de fond internationale. Et rejaillit directement sur les recettes et les produits assemblés dans les shakers.

« Prendre un cocktail sans alcool était avant une punition en termes de goût comme d’image social. » Thierry Daniel, directeur associé chez Liquid Liquid

« Cette quête de bien-être, qui va de pair avec des modes de consommation plus sains, ne sacrifie pas pour autant le plaisir gustatif et le raffinement », remarque Thierry Daniel, directeur associé chez Liquid Liquid, une agence de conseil spécialisée dans les spiritueux, coorganisateur de la Paris Cocktail Week, événement de référence mettant de plus en plus en avant les créations sans alcool.

« Prendre un cocktail sans alcool était avant une punition en termes de goût comme d’image sociale », note-t-il en se souvenant du temps pas si lointain où les mocktails – ces ersatz sans alcool (virgin mojito, virgin mary, etc.) – se moquaient vraiment du monde. « On peut aujourd’hui s’appuyer sur la créativité des barmans pour vivre de vraies émotions et partager des moments festifs. »

Reproduire les sensations

Là encore, les Anglais ont été à la pointe. Avec, notamment, Alex Kratena (désigné quatre fois meilleur barman du monde), qui, dans son QG d’Artesian, à Londres, au début des années 2010, fut le précurseur d’une offre nolo. Autre innovation british, le lancement, en 2015, de la marque Seedlip, créée par un jeune fermier, Ben Branson, ayant eu l’idée d’assembler des distillats sans alcool de plantes, épices, écorces et fruits pour reproduire les sensations et utilisations de certains spiritueux. Un concept désigné sous le nom de « spirit free », devenu un des musts du moment.

Si la France découvre tout juste ces spiritueux sans alcool, un magasin parisien, Drinks & Co, situé en bordure de la gare Saint-Lazare, se fait le reflet de cet engouement international. Sur les 1 200 références figurent « 10 % de produits sans alcool », souligne Samantha Pitts, responsable des achats. « Une part destinée à augmenter. »

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