« Le nom de “Meta” a fait naître dans les esprits la perspective d’un Facebook post-Zuckerberg »

Mark Zuckerberg, lors de la conférence annonçant le changement du nom du groupe Facebook pour Meta, le 28 octobre 2021.

En présentant, le 28 octobre 2021, le nouveau nom qu’il a choisi pour Facebook, Mark Zuckerberg, qui se targue de culture classique – ses filles portent des prénoms inspirés d’empereurs romains –, en a expliqué la signification. « En grec, “Meta veut dire” au-delà », a-t-il souligné. Assailli dans le monde réel, Mark Zuckerberg aimerait manifestement tourner la page.

Dix-sept ans après avoir fondé Facebook dans son dortoir à Harvard (a-t-il rappelé), et en avoir fait « l’un des produits les plus utilisés dans l’histoire du monde » (s’est-il flatté), il entend projeter sa création dans une nouvelle ère, celle de la réalité augmentée. Ce sera un univers radieux, où les individus s’exprimeront « de manière complètement joyeuse et immersive », fait-il miroiter. Il s’appellera le « métavers », une expression qui a l’air de le réjouir, bien qu’elle ait été conçue par l’auteur de techno-thrillers Neal Stephenson pour un roman dystopique (Snow Crash, paru en 1992).

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Meta, donc. Il faudra s’y habituer. Ou justement pas, conseillent ceux pour qui il n’est pas question d’exonérer le réseau social de ses responsabilités dans le monde réel. Dans la Silicon Valley, le changement d’identité n’a pas été vu comme un game changer, un geste majeur susceptible de répondre à la crise existentielle que traverse la plate-forme. « Zuckerberg annonce un monde de fantaisie dans lequel Facebook n’est pas une entreprise horrible », a résumé le journaliste de Vice Jason Koebler. Quant au nom de « Meta », il a fait naître dans les esprits une perspective assez différente de celle envisagée par l’entrepreneur en sweat-shirt. Un Facebook post-Zuckerberg. « Au-delà » de Mark.

La personnification du problème

Le fondateur de Facebook peut-il survivre à l’avalanche de révélations et d’accusations qui déferlent depuis plusieurs semaines sur le réseau social ? Le pas encore quadragénaire (37 ans seulement), cinquième fortune au monde, est devenu la personnification du problème. Facebook ne s’est jamais remis du scandale Cambridge Analytica, qui a vu, en 2016, la collecte de données de millions d’usagers aux fins de manipulation électorale. Depuis, rien ne semble plus arrêter l’érosion de son image.

Le 5 octobre 2021, devant le Congrès, la lanceuse d’alerte Frances Haugen a exprimé solennellement ce que tout le monde avait compris depuis longtemps : Facebook « choisit de privilégier son propre intérêt financier au détriment de celui du public ». Mais la suite des « Facebook Files » a révélé aux Américains l’insouciance de la plate-forme quant à son rôle dans les tensions ethniques à l’étranger. « Ce que l’on voit aux Etats-Unis, c’est en quelque sorte le “bon” Facebook », a résumé le journaliste du New York Times Kevin Roose. Pour Kara Swisher, l’une des premières critiques du réseau social, le « tipping point », le « point de rupture », est « peut-être arrivé ».

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