« Le nouveau film avec James Bond doit prouver que l’avenir du cinéma est dans la salle »

Lors de la première de « Kaamelott », au cinéma Grand Rex, à Paris, le 20 juillet 2021.

Eric Marti, directeur général du bureau d’études Comscore, analyse la rentrée dans les salles et le marché du cinéma.

La fréquentation des salles depuis la mi-mai a-t-elle pénalisé les films d’auteur ?

Je ne serai pas aussi catégorique. Les programmations de 2020 et 2021 ont été très atypiques en raison de la pandémie de Covid-19. Tout d’abord, le phénomène du « mur » de films, qui avait été tant redouté, n’a pas eu lieu. Chaque semaine entre quinze et vingt films (hors reprises) ont été l’affiche depuis la réouverture des salles le 19 mai. Et, puisque le Festival de Cannes s’est tenu en juillet, nous avons eu des films d’auteur ambitieux en plein été, ce qui a relancé l’art et essai à cette période.

La part de marché des films classés art et essai atteint presque 21 % ces quatre derniers mois, contre 22 % sur la même période de 2019. Nous avons fait la démonstration in vivo qu’il peut y avoir du cinéma d’auteur l’été, le public existe.

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Même s’il y a eu beaucoup d’espoirs déçus, on ne peut pas parler d’effondrement. Les distributeurs d’Annette de Leos Carax (UGC) ou de Titane de Julia Ducournau (Diaphana) pouvaient espérer légitimement 500 000 entrées mais n’en ont atteint que 350 000. Les films qui sont sortis avant le 21 juillet ont une double peine avec la mise en place du passe sanitaire. Malgré tout, depuis mi-mai, certains films ont connu une belle carrière comme The Father de Florian Zeller, Nomadland de Chloé Zhao ou Les Deux Alfred de Bruno Podalydès. Aujourd’hui passer la barre des 500 000 entrées, c’est déjà très bien. On n’est plus dans les années 1970 où il suffisait de mettre Alain Delon et Jean-Paul Belmondo à l’affiche de Borsalino de Jacques Deray pour dépasser 1,9 million de spectateurs en cinq semaines…

Constate-t-on une polarisation très forte entre les très gros films et les autres ?

Contrairement à une pensée dominante, je crois que si un marché est concentré autour de quelques films qui réalisent ensemble 50 % de part de marché, tous les autres en bénéficient. Dune, de Denis Villeneuve, a obtenu 38 % de part de marché la première semaine et avec Boîte noire de Yann Gozlan, Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux de Destin Daniel Cretton (studios Marvel) et BAC Nord de Cédric Jimenez qui continuent une belle carrière, ces quatre films constituent en ce moment un vrai moteur, dans des genres différents. En revanche, si sept ou huit films se partageaient 50 % , le marché serait affaibli.

Depuis la réouverture des salles, on a compté douze films qui ont réalisé plus d’un million de spectateurs en salle, dont quatre films français : Kaamelott, d’Alexandre Astier (2,6 millions), suivi par BAC Nord (1,8 million), OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire de Nicolas Bedos (1,6 million) et Adieu les cons d’Albert Dupontel (ressorti après son lancement le 21 octobre 2020). Les films américains – inexistants l’an dernier – ont repris leur place habituelle grâce aux succès de Dune (1,7 million), Fast and Furious 9 de Justin Lin, Cruella de Craig Gillespie, Black Widow de Cate Shortland, Conjuring 3 : sous l’empire du Diable de Michael Chaves, Shang-Chi et La Légende des Dix Anneaux, La Pat Patrouille de Cal Brunker et Les Croods 2 : une nouvelle ère de Joel Crowford.

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