« Le Nouveau Modèle français » ou comment la France est en panne d’idées

Livre. En 2019, David Djaïz s’est fait connaître en publiant Slow démocratie, un essai où il expliquait que la crise démocratique qui secoue la France n’était pas « l’expression d’un simple moment populiste », mais résultait du divorce entre capitalisme et démocratie. Cette rupture remonte à la fin des « trente glorieuses » (1944-1974), selon la formule de l’économiste Jean Fourastié en 1979. Si, quarante ans plus tard, celle-ci résonne encore, y compris chez un essayiste trentenaire qui ne l’a pas connu, c’est qu’elle marque un inconscient national profond.

La France serait, depuis cette époque faste, entrée dans une phase de déclin, lente mais inexorable. L’affaire des sous-marins australiens qui vient souffleter notre fierté nationale et remettre en cause notre savoir-faire technologique hors de nos frontières en est une illustration symbolique. Et ce, d’autant plus qu’elle atteint un président de la République né en 1977 et dont l’ambition affichée dans son livre Révolution (XO Editions, 2016) était de remettre la France en selle, avec un programme prévu pour dix ans.

Catalogue d’idées reçues

Enarque comme Emmanuel Macron, mais en plus normalien, David Djaïz présente son « nouveau modèle français », justement avant la compétition présidentielle de 2022. Selon lui, c’est en basculant dans la mondialisation que le modèle français est devenu « inopérant », et que « le déclin s’est même mué en décadence, puis en déchéance ». Dans ces conditions et compte tenu de la pandémie de Covid-19 qui sévit depuis le printemps 2020, l’auteur préconise une « nouvelle politique planétaire de l’interdépendance ». A cela, il ajoute un volet pour lutter contre « la fragmentation de la société française » qui s’est installé depuis quarante ans. Et c’est là où le bât blesse.

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Il n’y a hélas pas grande originalité dans les propositions faites par David Djaïz, et l’inventaire, fait de compilations, ressemble plus à un catalogue d’idées reçues. L’auteur reprend à la fois les thèses développées par Jérôme Fourquet dans L’Archipel français (Seuil, 2019) et par David Goodhart dans Les Deux Clans, la nouvelle fracture mondiale (Les Arènes, 2019), où le journaliste britannique identifiait un clivage politique entre les « gens de n’importe où » (anywhere), favorables à la mondialisation, et « les gens de quelque part » (somewhere). Il l’affine juste, en distinguant trois catégories : les autonomes, les autochtones et les entre-deux.

Sur le plan politique, il identifie ainsi trois facteurs de rassemblement pour la France : le désir d’enracinement, l’urgence écologique et l’unité républicaine. Sur le plan économique, il pointe trois secteurs à développer : l’agriculture, la santé et l’éducation, et se veut l’apôtre de « l’économie du bien-être », qui va prendre l’ascendant sur la société de consommation. Tout cela est agrémenté de citations signifiantes extraites soit de L’Identité de la France, de Fernand Braudel (Arthaud, 1986), soit du roman Les Choses, de Georges Perec (Julliard, 1965). Pas sûr, dans ces conditions, qu’un candidat à l’élection présidentielle puisse tirer grand-chose de cette boîte à idées sans fond.

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