Le paradis artificiel de William Amor, magicien des roses

Les cours au collège ont tout de même laissé ce souvenir lointain : pour que naissent les fleurs, il est question de pollen, d’étamines, de pistil et de graine… Peut-être même d’insectes pollinisateurs, à bien réfléchir ? Mais pas de bouteilles d’eau ni de sacs de supermarché. Chez William Amor, la genèse des coquelicots ou des roses n’a pas grand-chose à voir avec les manuels de biologie.

Rose (Rosa).

Sur de hautes étagères, dans la cave de l’artiste plasticien, s’entassent les contenants et pochons plastiques, triés par couleur, les capsules de café, les emballages, suremballages, les chutes de tissus, les sacs à sapins dorés, les perruques, les filets de pêche, tant de déchets que l’inventaire se révèle fastidieux. Deux volées de marches plus haut, « bienvenue au jardin ! », claironne William Amor, poussant la porte de son atelier, villa du Lavoir, dans le 10e arrondissement parisien. A droite, à gauche, au pied de la verrière, sur la longue table, tombant du plafond, partout, des fleurs, légères, pimpantes, dans leurs camaïeux de roses et de rouges, étonnamment semblables à leurs modèles naturels.

Pour de faux, pour de beau

Elles ont valu à celui qui n’a pas planté leurs bulbes le Grand Prix de la création de la Ville de Paris, en 2019. Pour de faux, pour de beau, l’artiste quadragénaire qui porte barbe et chemise à carreaux a créé grâce aux poubelles de la ville le « jardin extraordinaire » qu’il avait en tête, enfant de la campagne, à Leyr (Meurthe-et-Moselle). « Huit cents habitants, se souvient-il, et davantage de vaches. C’est le berceau de ma passion pour le vivant, la source de mon imaginaire. Je me baladais dans les bois à la cueillette de jonquilles et de muguet. »

En petit Napoléon des jardins, William Amor conquiert peu à peu les plates-bandes familiales. « Je collectionnais les iris, les alliums, les pavots bleus de l’Himalaya, les orchidées sauvages… J’avais une incroyable pivoine arbustive de 2 mètres de haut, jaune liserée de rouge, avec un port très japonisant. »

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Le genre de môme à vous réciter la nomenclature botanique et à demander des bulbes comme cadeaux de Noël. Pourtant, à l’heure de se choisir un avenir, ce fils unique d’un artisan électricien venu d’Espagne et d’une secrétaire en assurances lorraine n’envisage pas l’horticulture. Trop pénible, trop aléatoire, pense-t-on à la maison. Alors, il entame un cursus de biologie. Enfin, c’est plutôt le cursus qui lui entame le moral. « Des jours à découper les grenouilles pour devenir laborantin, ce n’était pas mon truc… » Il plaque la fac, s’en va, sac au dos, à Paris où, pour tromper son ennui de vendeur en boutique de déco, il détourne le papier de soie d’emballage, rhabillant de pétales les cosses de pavot séchées. Le succès qu’il se taille auprès des dames du quartier ne nourrissant pas son homme, il s’improvise attaché de presse pour quelques créateurs de mode.

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