« Le Pardon » : le drame mutique d’une jeune femme iranienne

« Le Pardon », de et avec Maryam Moghadam (dans le rôle de Mina).

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Le cinéma iranien nous envoie régulièrement des nouvelles accablantes de l’état de la société, selon des genres divers et variés : le film coup de poing (ou pied de nez) réalisé à la sauvette à la manière de Jafar Panahi (Ceci n’est pas un film, Taxi Téhéran), frappé d’une interdiction de tourner depuis 2010, et pour une durée de vingt ans, par le pouvoir iranien ; le drame ultra-scénarisé ménageant tous les points de vue, marque de fabrique d’Asghar Farhadi (Une séparation, Le Client) ; ou encore les tragédies roboratives de Mohammad Rasoulof (Les manuscrits ne brûlent pas, Un homme intègre), etc.

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Dans Le Pardon, en compétition à Berlin en 2020, les réalisateurs Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha font briller une nouvelle facette avec un drame proche de l’abstraction, un quasi-film muet, progressant à pas feutrés vers une destination inconnue : Mina, jeune femme iranienne dont le mari a été exécuté pour un crime, tente de mener de front son travail d’ouvrière dans une usine et l’éducation de sa fille de 7 ans.

Mais un jour, la voici convoquée par la justice : à la suite d’un nouveau témoignage, l’enquête révèle que son mari était en fait innocent. Mort pour rien… L’accablement de Mina va croissant. La visite d’un inconnu (Alireza Sani Far), prétendant avoir connu son époux, va bousculer la vie de la veuve trentenaire. Qui est cet étrange bienfaiteur ? Si le scénario n’évite pas le trop plein de malheurs, le jeu mutique des acteurs permet de quitter les rails du « mélo », installant une tension et une étrangeté captivantes.

Film iranien et français de Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha. Avec Maryam Moghadam, Alireza Sani Far, Pouria Rahimi, Avin Poor Raoufi (1 h 45).