Le patron de la banque britannique Barclays démissionne en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein

Jes Staley, alors patron de Barclays, à Londres, en janvier 2018.

Pourquoi Jes Staley, le patron sortant de Barclays, est-il allé rendre visite à Jeffrey Epstein en prison, en 2009, alors que ce dernier était condamné pour agression sexuelle sur des mineures ? Pourquoi s’est-il rendu, en 2015, avec son yacht personnel sur l’île privée des Caraïbes possédée par l’ancien milliardaire pédocriminel américain, qui s’est suicidé en prison en 2019 ? Voilà deux des questions auxquelles M. Staley n’a visiblement pas répondu de façon satisfaisante. Lundi 1er novembre, il a été forcé à démissionner de son poste de directeur général de la banque britannique Barclays.

M. Staley n’est pas soupçonné d’avoir été complice du trafic sexuel de jeunes adolescentes que réalisait l’ancien milliardaire américain. Il n’est pas non plus sous le coup d’une enquête judiciaire. En revanche, la Financial Conduct Authority (FCA), le régulateur financier britannique, s’interroge : pourquoi a-t-il voulu lui fait croire que ses relations avec M. Epstein étaient simplement professionnelles ? C’est pour lui avoir potentiellement menti que le directeur de la deuxième banque britannique a dû quitter son poste.

L’histoire de la relation entre les deux Américains commence à la fin des années 1990. A l’époque, M. Staley dirige le pôle banque privée de JPMorgan. M. Epstein, dont la fortune est considérable, est l’un de ses gros clients. Les deux hommes restent ensuite en contact, alors que M. Staley monte dans la hiérarchie de l’établissement américain : patron de la branche de gestion d’actifs, patron de la banque d’investissement…

« Je regrette profondément »

En 2015, l’Américain est recruté par Barclays. La banque britannique se relève alors à peine du choc de la crise financière de 2008 et a besoin d’un homme à la vision stratégique. Mais comme tous les financiers de haut vol au Royaume-Uni, le régulateur doit d’abord lui faire passer un test de bonne conduite (« fit and proper person »). A l’époque, la question de ses relations avec M. Epstein avait-elle été abordée ? Le Daily Mail avait publié un article affirmant avoir vu des courriels indiquant que le pédocriminel avait fait campagne pour que son ami devienne le patron de Barclays.

Après le suicide de M. Epstein en prison, à l’été 2019, l’affaire a été relancée. Quelques mois plus tard, le régulateur financier américain transfert à la FCA des e-mails échangés entre M. Staley et M. Epstein. Les relations très amicales entre les deux hommes y sautent aux yeux.

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En février 2020, la FCA ouvre formellement une enquête. A l’époque, Edward Bramson, un investisseur activiste monté au capital de Barclays, tente de pousser M. Staley à la démission, dénonçant ce « cirque déstabilisant ». Mais le conseil d’administration de la banque tient bon et refuse la démission de son directeur. M. Staley a fait une courte déclaration à la presse, plaidant l’ignorance des méfaits de M. Epstein : « Evidemment, je croyais que je le connaissais bien, et ce n’était pas le cas. C’est sûr, avec le recul, avec ce qu’on sait maintenant, je regrette profondément avoir été en contact avec Jeffrey. »

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