Le peintre Gérard Garouste et son galeriste Daniel Templon, un duo sans une ombre au tableau

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Publié aujourd’hui à 16h00

« Gérard Garouste mêle avec le même brio, le même flegme, temps anciens et époque actuelle. » Ces lignes du critique d’art Laurent Boudier, le galeriste Daniel Templon les retourne dans la bouche comme s’il suçait un noyau d’olive. En avril, Télérama a consacré trois pages de son supplément Sortir à l’exposition du peintre français (« Correspondances, Gérard Garouste – Marc-Alain Ouaknin »), ­organisée par son ami, et a reproduit l’un de ses tableaux en couverture.

Dans son bureau à l’épaisse moquette blanche, rue du Grenier-Saint-Lazare, à Paris, le marchand, 76 ans, dont cinquante-cinq à vendre de l’art, jubile. Il a acheté pas moins d’une cinquantaine d’exemplaires de l’hebdomadaire pour les distribuer aux journalistes — « tenez, prenez-en un ! » —, aux collectionneurs, aux directeurs de musée, aux politiciens qui se bousculent à ses vernissages. Aux mordus de la première heure et à ceux, plus nombreux, qu’il faut encore convaincre.

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Ainsi a-t-il envoyé une copie au milliardaire François Pinault, son « voisin » du 7e arrondissement – « il y a trente ans, il avait acheté ses tableaux, alors je me dis que Le Banquet de Garouste face aux grandes toiles de Martial Raysse, ça aurait de la gueule ». Il a également remis l’article à Bernard Arnault, PDG de LVMH, qui a inauguré, en juin, la Samaritaine, après seize ans de travaux, en même temps qu’un dossier sur un tableau intitulé Alt-Neu Shul sur le Pont-Neuf. Il représente un immense pont rouge orangé sur lequel se dressent, de part et d’autre, deux silhouettes tordues. « L’histoire de la Samaritaine et de Jésus, le Pont-Neuf, c’est vraiment pour lui ! »

Daniel Templon ne rate jamais une occasion de promouvoir Gérard Garouste, urbi et orbi. Vingt ans qu’il l’expose avec une régularité métronomique. Huit expositions depuis 2002. « C’est le meilleur peintre de sa génération », répète-t-il, volontairement excessif.

Ce mantra, il le double généralement d’une complainte : « Si les institutions l’avaient défendu, il serait beaucoup plus reconnu. » Aussi s’est-il donné pour mission de « le faire à leur place ». Cette attention immodérée n’est pas sans embarrasser l’intéressé. « Il me soutient de manière exagérée, il emmerde un peu tout le monde », sourit, indulgent, Garouste, 75 ans, rencontré chez Templon en mai.

Confiance réciproque

Plus réservé que son matamore de marchand, le peintre quitte rarement sa grande propriété de Marcilly-sur-Eure, près de Dreux. Quand il le fait, c’est pour lever des fonds au profit de l’association La Source, qu’il a fondée, en 1991, pour venir en aide aux enfants en difficulté en développant leur potentiel créatif. Ou pour converser avec ses camarades de l’Académie des beaux-arts, où l’Immortel a pris la suite du peintre Georges Mathieu en 2017. Ou encore pour parler de sa peinture.

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