Le Pen-Zemmour : bataille pour l’électorat populaire

Lors du meeting d’Eric Zemmour, invité par l’association catholique Les Eveilleurs, à Versailles, le 19 octobre 2021.

Marine Le Pen est fragilisée. Pas seulement parce qu’elle a dégringolé dans l’opinion au point d’être au coude-à-coude avec Eric Zemmour, mais parce que ce dernier distille un poison mortel en martelant, encore et encore, qu’« elle ne peut pas gagner ».

Nul hasard si la campagne d’affichage « Zemmour président » a suivi de vingt-quatre heures la claque reçue par le Rassemblement national (RN) aux élections régionales. Le scénario évoque un remplacement : l’offre nationale-populiste basculerait de Le Pen à Zemmour. Ce n’est pourtant pas évident.

L’ascension éclair d’Eric Zemmour a reposé sur l’aspiration d’un électorat de droite orphelin, dont une partie avait trouvé refuge chez Marine Le Pen. A l’aide d’une apparente « normalisation », sur fond de crise de leadership au parti Les Républicains (LR), la présidente du RN avait séduit près d’un quart des électeurs de François Fillon de 2017. Un pari réalisé au prix de revirements idéologiques et de compromis tranchant avec son populisme de droite révolutionnaire. Et une réussite inattendue, tant l’ex-candidate du Front national s’était effondrée à cause d’un déficit de crédibilité à la dernière élection présidentielle.

Impasse stratégique

Voilà que l’ex-chroniqueur lui ravit le butin. Dans l’enquête d’Ipsos-Sopra Steria et du Cevipof pour Le Monde, menée sur un vaste échantillon de 16 000 personnes, Marine Le Pen ne récolte plus que 4 % d’intentions de vote exprimées d’ex-fillonistes, quand le polémiste, candidat non déclaré, en recueille déjà 24 %. Ce potentiel recouvre en partie la « bourgeoisie patriote » libérale-conservatrice qu’il drague ouvertement : dans les milieux aisés, deux fois plus d’électeurs choisiraient Eric Zemmour plutôt que Marine Le Pen. Sans lui, ces CSP+ imaginaient voter pour elle. De là naît l’impasse stratégique.

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La députée (RN) du Pas-de-Calais est contrainte de se concentrer sur son socle, qui repose largement sur les milieux populaires. Elle voulait élargir ; elle défend sa chasse gardée. Eric Zemmour, qui ambitionne d’unir trois tiers − un tiers de LR, un tiers du RN, un tiers d’abstentionnistes −, se félicite qu’une partie de l’électorat lepéniste l’ait déjà rejoint. Il parle, certes, à 16 % des CSP−. Marine Le Pen conserve l’essentiel de ses électeurs ouvriers et employés (27 %), mais, en l’absence de son rival, elle enregistrait près d’un vote populaire sur deux. Autrement dit, Eric Zemmour mord bien dans le socle électoral le plus fidèle du champ politique.

Comment Marine Le Pen compte-t-elle garder ses électeurs dans son giron ? « En montrant qu’elle pense à eux », résume Jean-Philippe Tanguy, numéro deux de son équipe de campagne. La candidate du RN file le thème du pouvoir d’achat, multiplie visites de terrain et selfies avec ses soutiens. Avec l’espoir que cette campagne souterraine porte ses fruits début 2022, lorsque son électorat, moins politisé, s’intéressera aux urnes.

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