« Le Père, un règlement de comptes » : la lettre de reproches d’un fils de nazi

Livre. Il assure regarder tous les jours la photo du corps de son père pendu à Nuremberg en octobre 1946 pour ses responsabilités dans l’assassinat de quatre millions de juifs et de Polonais. « Pour me souvenir et pour être sûr qu’il est bien mort », explique Niklas Frank, fils de Hans Frank, l’ancien gauleiter – chef de district – nazi de Pologne. Ce n’est pas simple d’être enfant de bourreau et d’être comptable, du seul fait de sa naissance, d’un passé que l’on n’a pas écrit. C’est encore plus difficile aussi de se sentir coupable de ce qu’a fait un père qui, jusqu’au bout, a nié toute culpabilité, comme d’ailleurs la quasi-totalité des criminels nazis.

Certains des rejetons des plus hauts responsables du IIIe Reich, ainsi Edda Göring ou Gudrun Himmler, se sont toujours refusés à condamner leur géniteur, voire en cultivent la mémoire. A l’extrême opposé, d’autres, tel Niklas Frank, restent hantés toute leur vie par ce sang maudit et veulent extirper d’eux les racines du mal. Après avoir raconté et témoigné à charge pendant des années, l’ancien journaliste de Stern a écrit cette longue lettre d’invective au père.

Un implacable réquisitoire

Né en 1939, il était gosse pendant la guerre mais il s’est plongé dans la correspondance et les abondants journaux intimes de Hans Frank, juriste relativement cultivé, esthète fasciné par la Renaissance, ami du philosophe et théoricien du droit nazi Carl Schmitt. Dans le bureau du palais de Cracovie, où il mettait en œuvre la « solution finale » en Pologne, trônait La Jeune Femme à l’hermine, le magnifique tableau de Léonard de Vinci. Fin mélomane, il jouait volontiers études et mazurkas dans les fastueuses réceptions de son palais, à Cracovie.

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A la différence de ses frères et sœurs aînés Niklas Frank veut régler ses comptes avec sa mère cynique et avide, et surtout ce père carriériste, ambitieux, bouffi d’orgueil, à qui il reproche avant tout son infinie lâcheté et ses mensonges. Il le vit la dernière fois à sept ans, juste avant l’exécution, et ce dernier refusait encore de regarder la réalité en face. Jamais il n’exprima le moindre remords. « J’ai cherché au moins une bonne action de ta part, un signe qu’une minuscule fleur a éclos quelque part dans le marécage de ton existence (…), mais je n’ai rien trouvé », lance-t-il à son père dans son implacable réquisitoire.

Dans son enfance, ce déni était aussi celui de tout un pays. Les anciens nazis, sauf les plus compromis, faisaient carrière dans l’Allemagne en reconstruction, s’appuyant sur leurs réseaux. Lui-même raconte comment, adolescent faisant de l’auto-stop, il lui suffisait de dire qui il était pour que le conducteur commence « à s’abandonner à ses glorieux souvenirs ».

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