« Le Périmètre de Kamsé » : au Burkina Faso, une bataille écologique et féminine

« Le Périmètre de Kamsé », film documentaire suisse d’Olivier Zuchuat.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

C’est un coin de terre semi-déserte dont on ne perçoit plus que l’extrême pâleur et le dernier râle des feuilles brûlées par le soleil. Une zone sans contour, quelquefois fendue par des êtres solitaires dont on ne sait ni d’où ils viennent ni où ils vont. Inscrites dans les plans fixes et tenaces du cinéaste suisse Olivier Zuchuat, ces traversées aléatoires nous font éprouver le drame d’une terre démissionnaire. Ainsi, à contre-courant des films qui racontent les exodes migratoires, ce documentaire propose de quadriller ce petit bout d’univers oublié, dans le nord du Burkina Faso, pour parler de ceux qui restent.

A Kamsé, villageoises et villageois s’apprêtent à se lancer dans un chantier d’envergure : créer une ferme pour repousser le désastre. Autour de ce projet agricole, le film choisit judicieusement de ne pas remplir le cahier des charges d’un manuel pratique du bon jardinier. Dénué de voix off, il dispense quelques indices in situ sur la technique du zaï (qui consiste à creuser un réseau de digues et de mares afin de planter des arbres et d’installer des champs). Ce qu’il y a à dire est moins important que ce qui fait question, en l’occurrence la répartition du travail entre les habitantes et les habitants, les tensions entre les croyances et les techniques et la coappartenance des hommes et de la nature.

Cinéaste géomètre

Pour mettre en évidence la transformation topographique des lieux, le cinéaste travaille en géomètre, et c’est la grande réussite du film. Renonçant aux gros plans et aux héros, il s’obstine à capter les lignes de force de cette métamorphose. A cet égard, Le Périmètre de Kamsé s’ouvre sur un plan-séquence de toute beauté : un front essentiellement constitué de femmes, bébés au dos et pioches en main. Bientôt, elles ferrailleront en colonnes actives, dans la fournaise, pour faire reculer le désert, tandis que les hommes – dont les plus jeunes sont partis travailler en ville – nous apparaîtront comme une arrière-garde engourdie ou bavarde.

Et puis, il y a la nuit, régulière comme un métronome, aussi noire que le jour est blanc, absorbant les coups de pelle et les tas de terre, nous confinant dans un état de veille attentive. A la lumière d’un feu de camp, dans l’attente de la prochaine pluie et des récoltes, alors que l’effort et le temps sont suspendus, seul émerge le son d’une petite radio qui annonce une autre tragédie : les assauts djihadistes venant d’un peu plus loin, au nord. Dans un prodigieux mélange de force et de fragilité, Zuchuat livre le portrait atmosphérique d’une bataille écologique à petits pas qui a pour carburant les femmes de Kamsé, surgies comme de nulle part.

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