Le plasticien Paul Mignard, alchimiste à l’œuvre

Le plasticien Paul Mignard.

Le monde de l’art a ses flâneurs des villes et ses promeneurs des champs. Paul Mignard, qui expose à partir du 8 novembre à la galerie Jérôme Poggi, est de la famille des marcheurs solitaires. Le randonneur de 32 ans a sillonné les vallons écossais et le littoral breton, crapahuté sur l’Obiou et le Bonnet de Calvin, en Isère, et s’est baladé dans le Vercors. Un exercice d’ascèse et d’observation qui fournit au peintre français le répertoire de formes sinueuses ou déchiquetées qui traversent ses séduisants tableaux.

Inutile toutefois de chercher une ressemblance directe entre les paysages qu’il parcourt et ses magmas vibrant d’or, de manganèse, de vermillon et d’énigmes. Les œuvres de l’artiste, lauréat, en 2018, de la Bourse Révélations Emerige, se dérobent à toute description. A moitié effacés, les titres de chansons ou noms de personnalités aimées fournissent à peine plus de balises. Chaque tableau s’apparente à un rébus ponctué de montagnes, de croix, de demi-lunes et d’éléments géométriques inspirés de l’iconographie de l’occultisme.

Passion pour l’ésotérisme

Comme tant de plasticiens de sa génération, Paul Mignard s’est en effet passionné pour l’ésotérisme. Ni devin ni démiurge, chimiste à coup sûr, il aime inviter sur sa toile des sortilèges cachés. Avec ses pinceaux en guise de bâton magique, il s’est imposé en quelques années comme un fabuleux coloriste.

Paul Mignard sait en effet tout des effets psychiques et physiques associés à la couleur. Il a tout digéré, la théorie de Chevreul comme le fameux disque de Newton, la musicalité de Kandinsky et le rayonnisme de Larionov. Sans oublier la persistance rétinienne de Matisse, dont le fantôme est toujours présent. Il a surtout retenu la leçon d’Hermès Trismégiste, ce personnage de l’Antiquité grecque dont se réclament les alchimistes.

« Mafia », de Paul Mignard, 2021.

En se plongeant dans les secrets de La Table d’émeraude, le diplômé des Beaux-Arts de Lyon a renoncé aux tubes industriels pour préparer ses propres mixtures, alliages précis et précieux de pigments et d’oxydes d’or ou de cuivre. Vapeurs colorées, sédimentation de glacis, éboulement chromatique et dégradés vertigineux… Ça foisonne en tous sens.

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Paul Mignard cumule tant de techniques qu’on ne sait où poser le regard. Le trentenaire l’assure pourtant, il y a « toujours une pro­jection générale de ses tableaux ». Mais ajoute-t-il : « L’idée de départ est là pour être dépassée. » Car la peinture est un cheminement, pour son auteur comme pour celui qui regarde. Un trajet tout sauf reposant, mais passionnant pour qui chercherait à en percer les secrets.

Paul Mignard, du 6 novembre au 23 décembre, galerie Jérôme Poggi, Paris 4e.

Le Goût de M