« Le poids du métal me rassure » : la réalisatrice Julia Ducournau, dame de « Titane »

La réalisatrice Julia Ducournau, à Paris, le 21 juin 2021.

Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Julia Ducournau a toujours porté des bagues. Le plus souvent, une à chaque doigt. « C’est comme une armure, décrit-elle. Lorsque je suis en représentation, elles me donnent un semblant de contenance et me font oublier mes pieds d’argile. Le poids du métal me rassure. »

Dans quelques jours, la réalisatrice de 37 ans, passionnée de films d’horreur, complétera sa panoplie avec des « grosses » manchettes pour présenter son deuxième long-métrage, en compétition officielle du Festival de Cannes. Dans ce film, très attendu, au sujet duquel le petit monde du cinéma se répand en rumeurs et prédictions, voyant venir un potentiel scandale comme il les aime, il sera question d’un métal plus léger mais aussi plus résistant à la corrosion que l’argent de ses manchettes : le titane.

De ce film, Titane, donc, on ne révélera pas grand-chose à quelques jours des festivités et d’une sortie en salle le 14 juillet si ce n’est qu’il poursuit en la radicalisant l’exploration intime et pulsionnelle des métamorphoses du corps féminin de son premier long-métrage. Récit initiatique et cannibale d’une étudiante en école vétérinaire, Grave avait accéléré, il y a cinq ans, la circulation sanguine des spectateurs de la Semaine de la critique, obligeant certains d’entre eux à fermer les yeux sur la violence de certaines scènes.

Lire la critique de « Grave » : Festin de chairs à l’école vétérinaire

Cette fois, Titane s’est glissé dans un crâne… Alexia, une danseuse d’une trentaine d’années, porte au-dessus de son oreille droite une cicatrice cousue en colimaçon qui cache en son sein une prothèse. Cette plaque de métal transforme littéralement son corps en machine de guerre. « Je voulais commencer le film en terre brûlée, où seules la violence et la mort règnent, pour faire germer l’humanité à partir de ce qui se présente comme une matière froide et stérile », retrace la réalisatrice.

« Massacre à la tronçonneuse » à 6 ans

A chercher, on peut penser à la réminiscence d’une « expérience traumatisante » que Julia Ducournau, sourde de l’oreille droite, vécut, à 5 ans, lorsqu’un oto-rhino-laryngologiste lui enfonça un pic en métal très fin dans le tympan. « Cette opération s’appelle la paracentèse, explique cette fille d’un dermatologue et d’une gynécologue. C’est un procédé douloureux sans anesthésie… très old school. Et ça n’a pas réglé mon problème », dit-elle en haussant les épaules.

« Les Titans et les Titanides nouent entre eux des rapports abjects, avec de l’inceste et du cannibalisme à tout va… Ouranos bouffe tout le monde ! C’est bien gore, comme tout ce que j’aime dans la mythologie. » Julia Ducournau

Il vous reste 67.17% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.