Le pouvoir d’achat mérite une stratégie globale

Editorial du « Monde ». Depuis son déclenchement, la crise pandémique ne cesse de nous prendre à contre-pied. Sur le plan sanitaire, le manque d’anticipation et les difficultés d’adaptation aux mutations du SARS-CoV-2 ont rythmé les premiers mois de cette période. Mais, à peine commençons-nous à apprendre à vivre avec le virus, grâce à l’efficacité de la campagne de vaccination et à la mise en place du passe sanitaire, que, sur le plan économique, rien ne se passe non plus comme prévu. La sortie de crise se révèle, elle aussi, déstabilisante.

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Les prévisionnistes s’attendaient à une vague de licenciements et de faillites. Grâce au soutien budgétaire et monétaire à l’économie, la catastrophe a été évitée. L’efficacité de cette politique incite aujourd’hui à renverser l’ordre des priorités. Désormais, l’enjeu ne consiste pas tant à réparer des dégâts qui n’ont pas eu lieu qu’à accompagner une croissance plus forte qu’anticipé, qui réveille les tensions inflationnistes et, du même coup, les revendications sur le pouvoir d’achat.

Il y a moins d’un an, qui aurait imaginé que la question du chômage se trouverait escamotée par celle des salaires ? Dans la campagne pour l’élection présidentielle, qui monte en puissance, malgré les presque 6 millions de demandeurs d’emploi que compte le pays, le débat se focalise désormais sur les pénuries de main-d’œuvre et, surtout, sur le pouvoir d’achat, qui devrait augmenter en moyenne de + 1,5 % cette année.

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Comme surpris par la réussite des mesures prises pour protéger l’économie, Emmanuel Macron doit improviser de nouveaux dispositifs de redistribution. Chèque-énergie, augmentation du smic, revenu d’engagement pour les jeunes… L’accumulation des mesures prend la forme d’une saison 2 du « quoi qu’il en coûte », qui devait pourtant s’achever avec le retour des « jours heureux ». Les candidats à sa succession, focalisés sur la reconquête de l’électorat populaire, ne sont pas en reste. Ils n’hésitent pas à se livrer à une surenchère vertigineuse, financée par un argent devenu magique.

La question du pouvoir d’achat n’en est pas moins légitime, même si elle ne se pose pas à tous les Français de la même façon. L’augmentation générale des prix, qui avait quasiment disparu depuis une dizaine d’années, fait son grand retour. Il reste à savoir si le phénomène est durable ou non. En attendant, les cours des matières premières s’envolent sous l’effet d’une forte reprise de la demande mondiale. Leur hausse se répercute sur le coût de la vie quotidienne. D’ici à la fin de l’année, se nourrir, se chauffer et se déplacer va devenir beaucoup plus compliqué pour de nombreux Français.

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Si la crise a conduit certains à accumuler une épargne forcée, ce n’est pas le cas des salariés dits « de deuxième ligne ». Alors qu’ils ont continué à travailler « sur site » au plus fort de la pandémie pour assurer les services indispensables à la vie quotidienne, leurs rémunérations restent faibles au regard de leur utilité dans le fonctionnement de l’économie. Trouver un moyen d’améliorer leur situation ainsi que celle des plus vulnérables est indispensable.

Pour autant, en matière de pouvoir d’achat, le pays ne peut se contenter de rustines. La question ne se résoudra pas à coups de chèques financés par la dette, mais grâce à une politique de l’emploi, seule capable de créer de la richesse, qui pourra être redistribuée de façon pérenne. C’est sur ces enjeux que devrait se concentrer le débat de la campagne présidentielle, au lieu de se focaliser sur des mesures de court terme qui ne s’attaquent en rien aux causes du problème.

Le Monde