« Le Premier XXIe siècle. De la globalisation à l’émiettement du monde » ou les failles du nouveau siècle

Livre. Ce bilan géopolitique des vingt premières années du nouveau siècle commence sur un aveu. « La paix nous semble l’état naturel de toute société comme l’air que nous respirons mais j’ai découvert au contact des pays brisés par la guerre qu’il n’en est rien », écrit Jean-Marie Guéhenno fort de son expérience de huit années passées à la tête des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Diplomate de haut vol, ancien secrétaire général adjoint des Nations unies auprès de Kofi Annan (1938-2018), il est à la fois un acteur des relations internationales et un chercheur aujourd’hui professeur à l’université Columbia à New York. D’où l’intérêt de cette réflexion lucide.

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« Notre plus grande illusion – notre premier mensonge ? – dont tout découle, est d’avoir vu dans l’effondrement de l’URSS et du bloc soviétique la victoire de la démocratie », pointe-t-il, analysant comment le désenchantement démocratique, combiné à l’amertume de ce qui était ressenti comme une défaite stratégique, a produit une Russie « qui est une sorte de caricature de nous-mêmes ». L’autre grande erreur de l’après 1989 fut de ne pas comprendre l’impact qu’aurait la fin de la guerre froide sur la stabilité interne de nombreux pays. « Dans un système international dégelé où la menace extérieure passait au second plan, la question de l’identité nationale prit une urgence nouvelle », relève M. Guéhenno.

Rivalités entre puissances

L’élection de Donald Trump en 2016, au nom d’un « America First », dans le pays qui était le pilier du système onusien, a été un autre coup dur et les conséquences demeurent, même après l’échec de sa réélection. « Deux piliers de la confiance des sociétés occidentales, la confiance dans le progrès et la foi dans l’universalisme, ont été irrémédiablement ébranlés. » A cela s’est ajoutée la pandémie de Covid-19 accélérant les tendances latentes de nos sociétés « alors que nous pensions avoir devant nous tout le temps pour nous y adapter ».

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Avec les rivalités entre puissances revient aussi l’ombre de la guerre. La Russie avide de retrouver son rang et la Chine bien décidée à s’affirmer comme l’autre superpuissance mondiale assument leurs ambitions militaires. « Le risque d’un affrontement nucléaire est aussi élevé, sinon plus qu’il ne le fut pendant la guerre froide car l’algèbre de la dissuasion fonctionne mal dans le brouillard stratégique », souligne l’auteur.

Ce Premier XXIsiècle, comme il le nomme, M. Guéhenno en analyse toutes les opportunités, notamment technologiques et scientifiques, et les failles. Mais il se veut aussi optimiste, évoquant les pistes pour relancer un multilatéralisme aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Il réfléchit aussi à ce que peut être une Europe à même de constituer, face à la Chine et aux Etats-Unis, un troisième pôle sans pour autant chercher à être à leur image. « Il faut prendre acte des différences européennes, admettre que non seulement elles ne sont pas près de disparaître mais qu’il n’est pas souhaitable qu’elles disparaissent », écrit M. Guéhenno reprenant la formule de Jacques Delors sur l’Europe comme « fédération de nations ».

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