Le prénom des gens : Adam perd sa vertu passe-partout

Si vous émigrez un jour, pour le Japon ou l’Italie, le Koweït ou la Thaïlande, quel prénom donnerez-vous à votre enfant ? Un prénom « de là-bas » ou un prénom qui sent bon la France ? Un prénom que vous n’arriverez jamais à prononcer avec l’accent du pays qui vous a accueilli ou un prénom qui s’enroule tout seul sur votre langue ? Un prénom dont vous sentez, intuitivement, toutes les connotations, ou un prénom inconnu ? Ou alors, vous allez tenter le prénom « qui passe dans les deux pays », prononçable, peu connoté.

C’est le choix d’une partie de « nos » immigrés, celles et ceux qui ont choisi la France. Rayane, qui peut se prononcer comme Ryan, ou Inès, prénom à la fois espagnol et arabe. Passer pour un prénom du pays a des avantages : d’un côté l’origine étrangère est invisibilisée, de l’autre il y a toujours fidélité aux origines.

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Aujourd’hui, Adam est l’un de ces prénoms. Il n’a que des avantages : prénom du premier homme, commun aux trois monothéismes, prénom court, universellement perçu comme un « prénom de garçon », pas compliqué. Et en plus, prénom neuf, au sens où presque personne ne recevait ce prénom, en France, avant 1980 : ce n’est pas un prénom de grand-père. En un sens, ses connotations sont flottantes, ouvertes.

Plus si joli que cela

Mais Adam ne conserve pas ce caractère passe-partout. Sur les forums, certaines futures mamans se demandent : « Adam, j’aime bien, mais est-ce que ça fait arabe ? » Quelle question ! D’où vient-elle ?

Adam est en train de connaître le destin qu’a connu Yanis au début des années 2000. Yanis, prénom grec, connaît alors un engouement auprès de parents originaires d’Afrique du Nord. A mesure que ce groupe l’embrasse, les Français sans origine migratoire l’évitent : de grec, il a acquis la connotation de prénom arabe, aussi fortement qu’Enzo, à l’inverse, a perdu son caractère de prénom italien.

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Adam, pareil. Quand les parents commencent à réfléchir à un prénom, aujourd’hui, ils cherchent, ils écoutent, ils questionnent. Et rapidement, ils découvrent qui sont les petits Adam, dans la rue, à l’école, à la crèche. Et pour une partie de nos concitoyens, finalement, Adam, ce n’est plus si joli que cela.

Baptiste Coulmont est professeur de sociologie à l’Ecole normale supérieure Paris-Saclay, auteur de « Sociologie des prénoms » (La Découverte, 2014, 130 p., 10 €) et, avec Pierre Mercklé, de « Pourquoi les top-modèles ne sourient pas. Chroniques sociologiques » (Presses des Mines, 2020, 184 p., 29 €).

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