Le procès de Jan Fabre s’ouvre à Anvers

Jan Fabre le 29 mars 2016.

Ce n’est pas dans ce genre de salle qu’il a bâti sa renommée et, mardi 21 septembre, le chorégraphe, metteur en scène et plasticien Jan Fabre, 62 ans, n’était d’ailleurs pas présent au tribunal correctionnel d’Anvers. Pas plus que celles et ceux qui affirment qu’il s’est rendu coupable, à leur égard, de violences et de comportements inappropriés à caractère sexuel. Ce sont les charges que l’auditorat du travail de la ville flamande a, au bout de trois ans d’enquête, retenues contre l’artiste, outre l’atteinte à l’honneur d’une personne.

En l’attente d’un procès qui ne commencera qu’en mars prochain, une question agite le monde culturel belge : faut-il, ou non, bannir l’œuvre de l’un des artistes les plus renommés du pays ? Certaines représentations de ses spectacles ont déjà été annulées, dont, à Charleroi, la première de The Fluid Force Of Love. Des insultes et menaces sur les réseaux sociaux auraient motivé cette décision.

A Anvers et à Gand, des étudiants des conservatoires ont manifesté contre la présence dans leur ville d’œuvres du créateur. De Singel, le centre anversois d’art contemporain, a retiré de son toit L’Homme qui mesure les nuages, une grande statue de bronze. A Gand, le musée SMAK a décidé d’en maintenir une, « afin de susciter des débats sur les comportements transgressifs dans l’art ».

Décider du sort des œuvres

Cette question du bannissement atteint les plus hautes sphères de l’Etat puisqu’une œuvre majeure de l’artiste orne l’un des palais du roi, à Bruxelles. En 2002, l’ex-reine Paola lui avait passé commande d’une décoration pour le plafond de la Salle des glaces. Selon le quotidien Le Soir, les services du palais attendront la fin du procès d’Anvers pour décider du sort de l’œuvre.

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La ville d’Anvers affirme, elle aussi, attendre le jugement pour décider du sort de mosaïques à l’église Saint-Augustin mais elles devraient, a priori, être préservées. Idem pour L’Homme qui porte la croix, une sculpture en bronze qui orne la cathédrale de la ville depuis 2015. « L’œuvre garde sa valeur, indépendamment de la personne qui l’a créée », soutient le clergé local, heureux du contrepoint qu’elle opère avec le triptyque La Descente de croix, de Rubens, exposé au même endroit.

Le metteur en scène risque, s’il est reconnu coupable, une condamnation pouvant aller jusqu’à 5 ans de détention

A Wetteren, en Flandre orientale, un centre de recherche sur la robotique médicale gardera aussi une reproduction de L’Homme qui mesure les nuages. Et à la citadelle de Namur, une tortue géante sur laquelle un sosie de Jan Fabre est à califourchon restera, elle aussi, en place. Le débat sur « Faut-il séparer l’artiste de l’homme ? » sera relancé une fois connu le sort que la justice réservera à l’artiste. Mardi, le tribunal devait seulement établir un calendrier des audiences. Cette fois, le metteur en scène risque, s’il est reconnu coupable, une condamnation pouvant aller jusqu’à 5 ans de détention. Ses avocats dénoncent, de leur côté, un « procès médiatique » monté, selon eux, sur la base de contre-vérités et d’insinuations.

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